J'étais le gars pour qui le monde aurait dû s'inquiéter, et la plupart n'en avaient aucune idée. J'étais bon pour le cacher. Bruyant, drôle, toujours un autre projet sur le feu. Si vous aviez fait le tour de mon entourage à l'époque, personne ne m'aurait pointé.
Alors quand on me demande comment aider quelqu'un qui pense peut-être au suicide, je commence par ça : vous ne verrez peut-être pas de signes évidents. Si votre instinct vous dit que quelque chose cloche, écoutez-le et posez la question.
La réponse directe, maintenant. Demandez à la personne, sans détour, si elle pense au suicide. Ça ne lui mettra pas l'idée dans la tête; suicide.ca est clair là-dessus. Si elle répond oui, restez calme, laissez-la parler, ne jugez pas. Ne promettez pas de garder le secret, parce que sa sécurité passe en premier. Puis aidez-la à joindre de l'aide, idéalement ensemble : le 1 866 APPELLE au Québec, le 988 ailleurs au Canada et aux États-Unis. Et si elle est en danger immédiat, faites le 911.
Comment demander à quelqu'un s'il pense au suicide?
Clairement, au présent. Suicide.ca propose des questions comme :
« Est-ce que tu penses au suicide? »
« Est-ce que tu envisages de mettre fin à tes jours? »
Ça semble brutal la première fois qu'on le dit. Pensez à l'autre option, par contre : quelqu'un qui porte ça tout seul parce que tout le monde autour était trop poli pour demander.
Si vous avez besoin d'une entrée en matière plus douce, partez de ce que vous avez remarqué :
« Tu n'es plus le même. Je m'inquiète. »
Et si la personne a dit quelque chose qui vous a fait peur, demandez-lui exactement ça. Suicide.ca donne cet exemple : « Quand tu dis que tu as des idées noires, est-ce que ça signifie que tu penses au suicide? »
Une question directe, c'est dur à esquiver. « Ça va? », c'est facile. J'ai répondu « ouais, ça va » à ça je ne sais pas combien de fois.
Et si la réponse est oui?
D'abord, respirez. Vous n'avez rien à régler dans les cinq prochaines minutes.
Le guide du 9-8-8 pour les gens inquiets propose des phrases utiles à garder en tête, du genre :
« Je suis là pour t'écouter. »
« Peu importe ce que tu vas me dire, je ne te jugerai pas. »
« C'est beaucoup à porter. »
Ensuite, surtout, taisez-vous et écoutez. Je le dis avec affection. L'envie d'argumenter (« voyons, t'as tellement de belles affaires dans ta vie! ») est forte, et elle donne presque toujours à la personne l'impression de ne pas être entendue. Laissez-la parler.
Ne promettez pas le secret. Les ressources en prévention du suicide insistent là-dessus : la sécurité d'abord. Vous pouvez dire quelque chose comme « Je tiens trop à toi pour garder ça pour moi. On va trouver ensemble à qui en parler. »
Allez chercher de l'aide avec elle. Appelez ensemble le 1 866 APPELLE (1 866 277-3553), ou le 988 hors Québec. Vous pouvez aussi appeler seul, pour avoir des conseils : la ligne est aussi là pour les gens inquiets pour un proche. Un intervenant peut vous aider à évaluer l'urgence et à voir la suite. Voici ce qui se passe quand on appelle, si vous voulez le savoir avant de composer.
Quand faut-il faire le 911?
Suicide.ca recommande le 911 si la personne :
- a fait une tentative ou est sur le point d'en faire une
- dit qu'elle pourrait passer à l'acte d'ici quelques minutes ou quelques heures
- est dans une crise qui met sa vie en danger
- vous quitte en disant qu'elle va le faire
Le 9-8-8 ajoute que vous pouvez aussi l'accompagner à l'urgence la plus proche. Si elle est en danger immédiat, ne la laissez pas seule pendant que vous allez chercher de l'aide.
Je sais qu'appeler le 911 pour quelqu'un qu'on aime, ça a l'air d'une trahison. La personne pourra vous en vouloir plus tard. Il faut qu'elle soit encore là pour vous en vouloir.
Ce qu'il vaut mieux éviter
- Faire la morale. Pas sur l'égoïsme, pas sur ses enfants, pas sur le bon Dieu.
- Ramener ça à votre propre peur, du moins pas dans ce moment-là.
- Promettre le secret.
- Jouer au thérapeute. Votre rôle, c'est de la brancher sur de l'aide. Personne ne s'attend à ce que vous soyez toute l'aide à vous seul.
De mon bord, je peux vous dire que ce qui me faisait me cacher encore plus, c'était les sermons et la hâte de régler le problème. Les gens qui restaient assis là sans broncher, c'est à eux que j'arrivais à parler.
Prenez soin de vous aussi
C'est lourd. Vous avez le droit d'avoir besoin de soutien vous aussi. Le 9-8-8 le dit simplement : vous n'avez pas à faire ça seul, et vous pouvez les joindre en tout temps pour des conseils. Au Québec, le 1 866 APPELLE est là pour vous aussi.
Si c'est la personne avec qui vous vivez, et que ça dure depuis longtemps, allez chercher votre propre soutien. Un psychologue, un groupe, un ami qui sait. On peut aimer quelqu'un et avoir quand même des limites.
Si vous êtes de l'autre côté et que vous cherchez vos mots, j'ai écrit comment dire à quelqu'un qu'on pense au suicide.