Pendant longtemps, je n'avais aucune idée de ce qui se passe quand on appelle une ligne de crise. Je pense que c'est pareil pour bien du monde. On s'imagine une scène de série télé : une voix froide, une liste de questions, des gyrophares. Fait qu'on n'appelle pas.
En 1998, quand j'ai tenté de m'enlever la vie, le 988 n'existait pas. Il est arrivé aux États-Unis en 2022 et au Canada à la fin de 2023. Je ne raconterai pas cette histoire-là ici. Ce que je veux faire, c'est enlever un peu de mystère autour de l'appel, parce que ce mystère-là, c'est une barrière de plus entre une personne et de l'aide.
La version courte. Au Québec, quand vous appelez le 1 866 APPELLE, vous êtes transféré automatiquement vers une ressource de votre région, habituellement un centre de prévention du suicide, et vous parlez à un intervenant qualifié. Si vous composez le 988 à partir du Québec, l'appel aboutit au même endroit. Vous décidez de ce que vous partagez. Les services d'urgence sont appelés seulement quand quelqu'un risque de mourir et qu'il n'y a pas d'autre moyen de le garder en sécurité, et c'est rare.
Qu'est-ce qui se passe quand on appelle le 1 866 APPELLE?
Selon suicide.ca, votre appel est transféré automatiquement à une ressource locale, en général un centre de prévention du suicide. Vous parlez à un intervenant qualifié. C'est gratuit, confidentiel, ouvert 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.
Le numéro au complet : 1 866 277-3553. Vous pouvez aussi texter au 535353 ou clavarder sur suicide.ca.
Ici, dans l'Outaouais, l'autre porte d'entrée, c'est le 811 option 2 (Info-Social), ouvert jour et nuit aussi.
Et le 988, au Québec?
Ça mélange bien du monde, alors je le dis clairement. Au Québec, un appel au 988 est transféré automatiquement au 1 866 APPELLE. Le Québec a son propre réseau et ne fait pas la promotion du 988, mais le composer vous mène quand même à de l'aide. Si vous textez le 988 à partir du Québec, vous êtes branché sur le service de crise de la province, qui vous envoie un message de bienvenue.
Ailleurs au Canada, le site du 9-8-8 décrit l'appel comme ça :
- Vous entendez un court message enregistré.
- Vous choisissez votre langue, français ou anglais. La plupart des gens peuvent aussi indiquer s'ils ont moins de 18 ans ou s'ils sont autochtones, pour être dirigés vers le bon soutien.
- S'il y a une courte attente, le message vous demande de rester en ligne.
- Un intervenant répond. Ce sont des gens formés en prévention du suicide, des personnes ordinaires qui écoutent avec compassion et sans jugement, selon le site.
J'aime ça, l'idée de personnes ordinaires. Quand ça va mal, un expert en sarrau, c'est la dernière affaire que je veux. Quelqu'un de normal qui a appris à écouter, c'est pas mal plus facile à approcher.
Le 9-8-8 précise aussi que c'est à vous de décider combien d'information personnelle vous donnez. On vous en demande seulement pour bien vous soutenir ou pour votre sécurité. Des interprètes sont offerts sur demande.
Et aux États-Unis?
Le 988 Lifeline américain décrit quatre étapes : un message avec des options (1 pour les vétérans, 2 pour l'espagnol), de la musique d'attente, puis un intervenant qui se présente et vous demande si vous êtes en sécurité. Ensuite, il écoute, essaie de comprendre comment le problème vous affecte, vous soutient et vous propose des ressources.
Qu'est-ce qu'on va me demander?
Probablement si vous êtes en sécurité, et probablement si vous pensez au suicide. La question va être directe. Ça peut surprendre la première fois. C'est voulu. Poser la question directement ne met pas l'idée dans la tête de personne, et ça vous permet d'arrêter de tourner autour du pot.
Après, surtout, on vous écoute. On peut vous aider à penser aux prochaines heures : qui pourrait être avec vous, ce qui vous a aidé avant, où aller ensuite. Le 988 Lifeline parle de bâtir un plan de sécurité avec la personne. Avec vous, pas à votre place.
Pas besoin des bons mots. « Je sais pas trop pourquoi j'appelle », c'est une très bonne façon de commencer. « Ça va mal », aussi.
Est-ce qu'on peut écrire au lieu d'appeler?
Oui. Et comme gars avec un TSA qui haït le téléphone, je pense que c'est plus important qu'on le pense. Si un appel vous semble impossible, écrivez.
- Au Québec : texto au 535353, ou clavardage sur suicide.ca.
- Ailleurs au Canada : texto au 988.
- Aux États-Unis : texto au 988, ou clavardage sur 988lifeline.org.
Est-ce qu'on peut appeler pour quelqu'un d'autre?
Oui. Suicide.ca indique que la ligne s'adresse aussi aux gens inquiets pour un proche et aux personnes endeuillées par suicide. Pas besoin d'être soi-même en crise pour appeler. Si vous êtes inquiet pour quelqu'un, j'ai écrit comment aider une personne qui pense au suicide.
Est-ce qu'ils vont envoyer la police?
C'est la grosse peur, alors elle a son propre billet : les mythes sur les lignes de crise. La version courte : le 9-8-8 dit qu'il appelle les services d'urgence seulement si vous risquez de mourir ou de vous blesser gravement, et que ça arrive dans un très petit nombre de cas. Aux États-Unis, le 988 Lifeline affirme que moins de 2 % des appels mènent aux services d'urgence, et que plus de la moitié de ces interventions se font avec l'accord de la personne.
Par contre, si vous êtes en danger immédiat en ce moment, faites le 911. C'est fait pour ça.