Avertissement : ce texte parle de consommation de cocaïne et de rétablissement. Aucun détail sur la consommation.
Personne n'a passé mon cerveau au scanneur quand j'ai arrêté la cocaïne. J'aurais aimé, honnêtement. J'aimerais voir l'avant et l'après. Ce que je peux vous dire, c'est comment ça se vivait de l'intérieur. Pendant des mois, le monde était gris. La bouffe, c'était juste de la bouffe. Une bonne nouvelle me rentrait dedans comme un bulletin météo. Je me rappelle m'être demandé : c'est ça? C'est ça que le monde normal ressent tout le temps?
Non. C'était mon cerveau qui se recalibrait encore. Et c'est la vraie question qu'on tape à deux heures du matin : combien de temps faut-il au cerveau pour se remettre de la cocaïne? La réponse simple de la recherche, c'est que ça commence dans les mois qui suivent l'arrêt. Des études d'imagerie cérébrale ont observé une récupération partielle des zones de la prise de décision et de la réponse aux plaisirs ordinaires après environ six mois sans cocaïne, et plus encore durant la première année. Certaines choses prennent plus de temps. La recherche reste mince, et personne ne peut vous donner un chiffre exact pour votre cerveau.
Ça fait seize ans que je n'ai pas touché à la cocaïne ni à l'héroïne. Je ne suis pas scientifique. Je vais vous dire ce que disent les études et ce que moi j'ai vécu, en essayant de ne pas mélanger les deux.
Ce que la cocaïne fait au cerveau avec le temps
Le National Institute on Drug Abuse (en anglais) l'explique mieux que moi. À force de consommer, le circuit de la récompense s'adapte et devient moins sensible aux plaisirs naturels. Un bon repas, une bonne jasette, un lever de soleil sur le lac. Ça ne fait plus l'effet que ça devrait. En même temps, les circuits du stress deviennent plus réactifs : quand on ne consomme pas, on se sent plus mal, plus à pic, plus down. Et la partie avant du cerveau, celle qui juge et qui freine, en prend un coup. C'est une partie de la raison pour laquelle on continue même quand on voit les dégâts.
Lire ça des années plus tard m'a soulagé, bizarrement. Les mois gris, ce n'était pas moi, brisé pour toujours. C'était un cerveau qui faisait ce que fait un cerveau après ce genre d'exposition.
Qu'est-ce qui se passe les premiers mois?
Au début, bien du monde ressent ce que j'ai ressenti. Plat. Fatigué. À fleur de peau. Pas grand plaisir à rien. Le NIDA décrit cette humeur sombre et ce mal-être en l'absence de la drogue comme des signes de sevrage.
Voici une affaire que je ne savais pas à l'époque et que j'aurais aimé savoir. Dans une étude auprès de personnes dépendantes à la cocaïne, des chercheurs ont mesuré la réaction du cerveau devant des images liées à la cocaïne, à différents moments après l'arrêt. Cette réaction était plus forte à un mois et à six mois que pendant la première semaine, et plus faible à un an (Parvaz, Moeller et Goldstein, JAMA Psychiatry, 2016, en anglais). Pendant ce temps-là, l'envie que les gens rapportaient eux-mêmes baissait tranquillement.
Autrement dit, on peut avoir l'impression d'aller mieux pendant que le cerveau reste discrètement sur le qui-vive. Les auteurs voient la période entre un et six mois comme celle où le risque de rechute est peut-être le plus haut, et où on en est le moins conscient. Ça colle à bien des histoires de rétablissement que j'ai lues et entendues. Le danger n'est pas toujours la première semaine. Parfois, c'est le troisième mois, quand on pense que c'est réglé.
Quand est-ce que ça redevient normal?
Une revue d'études d'imagerie chez des personnes en rétablissement a trouvé que la plupart montraient au moins une récupération partielle avec l'abstinence (Parvaz, Rabin, Adams et Goldstein, Drug and Alcohol Dependence, 2022, en anglais). Pour la cocaïne :
- Dans un groupe suivi pendant six mois, la matière grise a augmenté dans des zones frontales liées à la prise de décision, et ces gains allaient de pair avec de meilleurs résultats à des tests de décision.
- L'activité d'une zone de la récompense, dans le mésencéphale, ressemblait à celle de personnes n'ayant jamais consommé, après environ six mois de quasi-abstinence.
- Mais l'attention portée aux plaisirs ordinaires restait un peu plus basse. Une récupération partielle, pas complète.
La lecture des auteurs : l'intérêt pour les petits plaisirs revient en partie vers six mois, alors que l'attrait des signaux liés à la drogue et la difficulté à freiner ses impulsions peuvent durer plus longtemps. Ils disent aussi clairement que la recherche est encore jeune.
Pour moi, la couleur est revenue par morceaux. Je ne peux pas vous donner de date. C'était plutôt de remarquer, un jour, que j'avais ri pour vrai. Puis de le remarquer encore une semaine plus tard. Sandra, ma conjointe, m'a connu peu après que j'aie arrêté, et elle m'a vu revenir avant moi.
Le cerveau guérit-il complètement de la cocaïne?
Réponse honnête : la science ne le sait pas encore. Les études suivent surtout les gens pendant des mois, pas des décennies.
Ce que je peux dire à seize ans de distance, c'est que ma vie ne ressemble pas à une version abîmée de quelque chose. Je pense clairement, la plupart du temps. J'apprécie des niaiseries. Un café sur la galerie. Réussir une photo après quarante essais. J'ai encore des flashs, une odeur ou une chanson qui ramène quelque chose, mais c'est un souvenir maintenant, pas un ordre. J'en parle dans l'envie de consommer disparaît-elle un jour?
Une partie de ce qui avait l'air de dégâts de la cocaïne était probablement autre chose. J'ai appris que j'avais un TSA à 50 ans. Bien de mes « problèmes de cerveau », c'était juste comment mon cerveau a toujours marché. Si vous soupçonnez qu'il y a quelque chose en dessous de votre consommation, lisez je soignais peut-être un autisme pas diagnostiqué et le double diagnostic.
Qu'est-ce qui aide le cerveau à se remettre?
Je fais attention ici, parce que ce n'est pas un avis médical. Parlez-en à un médecin. D'après mon expérience, et dans la ligne de ce que la recherche indique :
- Du temps sans consommer. Réponse plate. Réponse vraie.
- Du soutien pendant les mois à risque. Un programme de traitement, du counselling, des groupes d'entraide comme Narcotiques Anonymes Québec ou SMART Recovery. Le NIDA note que les personnes qui croient être capables de rester loin de la cocaïne ont plus de chances d'y arriver, et le soutien aide à bâtir ça.
- Soigner ce qu'il y a en dessous. Dépression, anxiété, TDAH, autisme, trauma. Pas traités, ils reviennent cogner à la porte.
- Dormir, manger, bouger. J'ai levé les yeux au ciel pendant des années. Puis je m'y suis mis.
Au Québec, Drogue : aide et référence est gratuit, confidentiel et ouvert jour et nuit au 1 800 265-2626. Info-Social 811 peut aussi vous orienter. Si vous cherchez un centre de traitement, Portage offre de la réadaptation en résidence.