Je me suis déjà assis devant des thérapeutes gentils qui se trompaient complètement sur ce qui se passait avec moi. Pas vraiment leur faute. Je ne savais pas non plus que j'avais un TSA. Mais j'ai passé des décennies, depuis l'âge de huit ans, à m'expliquer à des gens qui hochaient la tête pour les mauvaises raisons.
Après un diagnostic tardif, ça change. Vous savez ce que vous cherchez, maintenant. Il reste à trouver quelqu'un qui l'a.
La version courte pour le Québec : l'Ordre des psychologues du Québec offre un outil de recherche gratuit qui permet de trouver un psychologue selon le motif de consultation, la clientèle et la région. Servez-vous-en pour faire une courte liste. Ensuite, appelez ou écrivez, et demandez carrément quelle expérience la personne a avec les adultes autistes. Pour des soins gratuits, passez par le réseau public : votre CLSC, votre GMF ou Info-Social 811.
« Qui comprend l'autisme », ça veut dire quoi chez un psychologue?
Ça ne veut pas dire qu'il se spécialise dans le diagnostic. Ça, c'est un autre travail, souvent fait par un psychologue, un neuropsychologue ou un médecin formé pour. J'en parle dans l'article sur l'évaluation de l'autisme chez l'adulte au Québec.
Pour la thérapie, vous voulez quelqu'un qui voit l'autisme comme la façon dont votre cerveau fonctionne. Point. Quelqu'un qui sait ce qu'est le masque et ce qu'il coûte. Qui sait que l'épuisement autistique et la dépression peuvent se ressembler sans être la même chose. Qui ne fera pas du contact visuel un objectif thérapeutique.
Et franchement, quelqu'un que ça ne dérange pas si vous partez sur un détour pendant dix minutes, parce que des fois, c'est dans le détour que se cache la vraie affaire.
Par où commencer au Québec?
Le réseau public. Québec l'écrit noir sur blanc : tous les établissements publics de santé et de services sociaux offrent gratuitement des soins et des services en santé mentale. Le programme derrière ça s'appelle le PQPTM, le Programme québécois pour les troubles mentaux, mis en place en 2017, qui va des autosoins jusqu'à la psychothérapie. Vous pouvez vous présenter à l'accueil psychosocial de votre CLSC, avec ou sans rendez-vous, ou appeler Info-Social 811, gratuit et ouvert 24 heures sur 24.
Le hic : vous ne choisissez pas votre intervenant, et rien ne garantit qu'il connaisse bien l'autisme. Ça vaut quand même la peine de demander. Dites à l'accueil que vous êtes autiste, diagnostiqué sur le tard. Demandez s'il y a quelqu'un dans l'équipe qui a de l'expérience là-dedans. Des fois, oui.
Le privé. Utilisez la recherche de l'OPQ. Choisissez le motif de consultation, la clientèle (adulte) et votre région. Chaque psychologue inscrit détient un permis de l'Ordre, et ça compte : au Québec, il faut un permis pour exercer la psychothérapie. Un « coach » ou un « thérapeute en mieux-être » peut être bien sympathique, mais sans permis, ce qu'il offre n'est pas de la psychothérapie encadrée.
Le privé, ce n'est pas donné. L'OPQ indique qu'une séance de 50 minutes coûte généralement entre 120 $ et 180 $. J'ai détaillé combien coûte un psychologue au Québec, avec les options gratuites et moins chères.
Le privé à moindre coût. L'OPQ mentionne les cliniques universitaires de formation, où des étudiants supervisés voient des clients à moindre coût. Si vous avez un emploi, vérifiez si vous avez accès à un programme d'aide aux employés (PAE). Certains offrent quelques consultations gratuites.
Demandez aux personnes autistes. La Fédération québécoise de l'autisme regroupe des associations régionales partout dans la province. Personne ne vous donnera une liste garantie, mais on y sait souvent quels noms reviennent, pour de bonnes et de moins bonnes raisons.
Quoi demander avant de réserver?
C'est la partie que j'aurais aimé qu'on me dise. Posez vos questions avant la première séance, pas après la cinquième.
- « Avez-vous travaillé avec des adultes autistes, surtout diagnostiqués tard? »
- « Comment adaptez-vous votre approche pour une personne autiste? » (Si la réponse est « pas besoin », c'est une réponse.)
- « Êtes-vous à l'aise avec une communication directe? J'ai parfois besoin qu'on me dise les choses clairement. »
- « Est-ce possible de faire des séances en vidéo, ou dans une pièce plus calme, au besoin? »
- « Selon vous, à quoi sert la thérapie pour une personne autiste? »
Cette dernière en dit long. Si on vous parle de réduire les comportements autistiques ou de vous aider à « vous intégrer », continuez à chercher. Si on vous parle d'épuisement, d'anxiété, de mieux vous comprendre ou de bâtir une vie qui va avec votre cerveau, vous êtes peut-être à la bonne place.
Quels sont les signaux d'alarme?
Quelqu'un qui veut vous enlever l'autisme à force d'entraînement. Quelqu'un qui vous dit que vous ne pouvez pas être autiste parce que vous regardez les gens dans les yeux, que vous avez un emploi ou que vous êtes en couple. Quelqu'un qui conteste votre diagnostic au lieu de travailler avec. Quelqu'un qui vous donne l'impression d'être un cas d'étude.
Un plus subtil : quelqu'un devant qui vous devez porter le masque. Si vous sortez de chaque séance vidé d'avoir joué le « bon client », quelque chose cloche. La thérapie devrait être la seule heure de la semaine où vous pouvez arrêter de jouer.
Comment savoir si ça marche?
Pas parce que vous vous sentez super bien après chaque séance. Certaines sont rough. Mais au bout de quelques mois, vous devriez vous sentir plus compris, pas moins. Vous devriez dire des choses que vous n'avez jamais dites à voix haute. Et repartir avec quelque chose d'utilisable, même petit.
Sinon, vous avez le droit de changer. Un bon psychologue ne le prendra pas personnel. Si vous êtes nerveux avant de commencer, j'ai écrit sur ce qui se passe à la première séance.