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Dépendance et rétablissement

Double diagnostic, quand c'est la drogue et tout le reste

Avertissement : cet article parle de consommation de drogues et de sevrage. Si ça va mal en ce moment, parlez d'abord à quelqu'un. L'article va encore être là.

La réponse courte

C'est quoi, un double diagnostic?

Un double diagnostic, qu'on appelle troubles concomitants au Québec, c'est la présence en même temps d'un problème de consommation et d'un trouble de santé mentale. Chacun augmente le risque de l'autre. Les gens s'en sortent généralement mieux avec un traitement intégré, où les deux sont soignés ensemble et de façon coordonnée, plutôt qu'un après l'autre.

Pendant presque toute ma vie, personne ne soignait les deux. Surtout parce que personne ne savait qu'il y en avait deux. Il y avait la drogue. Il y avait la dépression. Puis, à 50 ans, l'autisme, que personne n'avait vu. Tout ça vivait dans la même tête, et tout ça se parlait.

C'est ça, un double diagnostic. Au Québec, on dit surtout troubles concomitants : un problème de consommation et un trouble de santé mentale en même temps. CAMH, le grand centre torontois en dépendance et santé mentale, le résume bien. Avec un problème de santé mentale, le risque d'un problème de dépendance augmente, et l'inverse est vrai aussi. Et les gens s'en sortent mieux avec un traitement intégré, où les deux sont pris en charge en même temps, de façon coordonnée.

Cette dernière phrase, c'est l'article au complet. Les deux. En même temps.

Ça veut dire quoi, au juste?

Le terme décrit une situation plus qu'une maladie. Vous avez une chose (un trouble lié à l'usage de substances) et une autre (dépression, anxiété, stress post-traumatique, trouble bipolaire, TDAH, peu importe), et les deux sont emmêlées.

C'est le nœud, le problème. La dépression fait que consommer ressemble à un soulagement. Consommer rend la dépression pire le lendemain. L'anxiété fait qu'un verre ou une ligne semble la seule façon de baisser le volume. Puis la descente remonte l'anxiété d'un cran. Ça tourne, et au bout d'un moment, on ne sait plus qui conduit.

En anglais, vous lirez dual diagnosis ou concurrent disorders. C'est la même chose.

Qu'est-ce qui est venu en premier, la drogue ou la dépression?

Tout le monde adore cette question. Les médecins la posent, la famille la pose, vous vous la posez à trois heures du matin. Honnêtement? Pour bien des gens, elle compte moins qu'on pense.

Je serais incapable de vous dessiner une ligne du temps propre de ma propre vie. La dépression était là avant, pendant et après la drogue, d'aussi loin que je me souvienne. Dans ce temps-là, je n'appelais pas ça de l'automédication. Je n'appelais ça rien pantoute. Je savais juste que, pendant un bout, consommer faisait taire le bruit. Ensuite, ça le rendait pire.

Ce qui compte, c'est que les deux sont là maintenant et que les deux ont besoin d'attention. Courir après l'histoire d'origine peut devenir une autre façon de ne pas commencer.

Pourquoi je ne peux pas juste arrêter d'abord et régler le reste après?

Vous allez l'entendre. « Arrête de consommer, après on regardera ta santé mentale. » Parfois c'est dit avec de bonnes intentions. Parfois c'est parce que le système est coupé en deux, la dépendance d'un bord, la santé mentale de l'autre.

Le problème, c'est que si vous arrêtez et que la dépression reste là, pas soignée, elle s'assoit juste à côté de vous. Et elle a la mémoire courte pour les raisons qui vous ont fait arrêter. La chose que vous gériez avec la drogue ne disparaît pas quand la drogue s'en va. Elle parle plus fort.

L'inverse est vrai aussi. Soigner l'anxiété de quelqu'un qui consomme encore beaucoup, c'est écoper une chaloupe trouée.

C'est pour ça que CAMH et d'autres poussent les soins intégrés : un seul plan, des intervenants qui se parlent, de l'attention aux besoins de base et un plan pour prévenir les rechutes. Dans la vraie vie, vous devrez peut-être bâtir une partie de ça vous-même, en parlant de l'autre moitié à chaque professionnel que vous voyez. Ne laissez personne soigner seulement le morceau qui entre dans sa description de tâches.

Et l'autisme dans tout ça?

Celle-là est personnelle. J'ai reçu mon diagnostic de trouble du spectre de l'autisme (TSA) seulement à 50 ans. Avec du recul, bien des choses prennent un autre sens. Une étude de Cambridge auprès de plus de 2 000 personnes a trouvé que les adultes autistes étaient, dans l'ensemble, moins portés que les autres à boire régulièrement ou à boire en excès. Mais parmi ceux qui donnaient une raison de consommer des drogues, les personnes autistes étaient beaucoup plus nombreuses à dire qu'elles le faisaient pour gérer leur comportement ou leurs symptômes (Weir, Allison et Baron-Cohen, 2021). De l'automédication, autrement dit.

J'en parle plus longuement dans est-ce que je soignais un autisme non diagnostiqué?. En gros : si vous êtes en rétablissement et que vous vous êtes toujours senti câblé autrement, ça vaut peut-être la peine de demander une évaluation. Une étiquette ne règle rien toute seule. Mais un traitement qui ne sait pas à qui il parle passe souvent à côté.

Par où commencer au Québec?

Pas besoin de trouver la « bonne » porte. N'importe laquelle peut vous mettre en mouvement.

  • Appelez Info-Social 811, option 2. C'est gratuit, ouvert jour et nuit, et on peut vous diriger vers les services du réseau public.
  • Présentez-vous à votre CLSC. Québec le dit en toutes lettres : tous les établissements publics de santé et de services sociaux offrent gratuitement des soins et des services en santé mentale.
  • Appelez Drogue : aide et référence au 1 800 265-2626, 24 heures sur 24, gratuit et confidentiel. Ils connaissent le côté dépendance de la carte.
  • Voyez votre médecin de famille ou votre GMF si vous en avez un, et parlez-lui des deux moitiés.

Le réseau public a aussi des centres de réadaptation en dépendance. Ici, dans la Petite-Nation, il y en a un à Saint-André-Avellin. Demandez au 811 lequel couvre votre coin.

Si votre corps est dépendant aux opioïdes, à l'alcool ou aux benzos, n'arrêtez pas seul. Le sevrage peut être dangereux. Allez chercher de l'aide médicale. J'en parle dans traverser le sevrage des opioïdes de façon sécuritaire.

Hors Québec, Santé Canada tient une page des lignes d'aide en consommation de substances province par province.

Ce qui aide vraiment, de là où je suis

Un professionnel qui pose des questions sur les deux. Un groupe qui respecte le reste de votre traitement, y compris ce que votre médecin vous a prescrit. Si une salle vous dit de lâcher vos médicaments ou votre psychologue, c'est une salle à quitter. De la thérapie qui vous donne des outils pour les moments durs, ce dont je parle dans TCC, TCD et ACT en mots simples.

Et de la patience avec l'ordre des choses. Certaines semaines, c'est la dépendance qui a besoin d'attention. D'autres, c'est la dépression. Vous ne faites pas ça mal si ça n'avance pas en ligne droite.

Les questions qu'on pose

Quelle est la différence entre double diagnostic et troubles concomitants?

Aucune, en pratique. « Double diagnostic » est plus courant aux États-Unis et en Europe. « Troubles concomitants », c'est le terme qu'on entend au Québec et ailleurs au Canada. Les deux veulent dire un problème de consommation et un trouble de santé mentale en même temps.

Faut-il soigner la dépendance ou la santé mentale en premier?

Idéalement les deux à la fois, de façon coordonnée. C'est ce que CAMH appelle le traitement intégré, et c'est là que les gens s'en sortent le mieux. Si on vous dit de revenir une fois sobre, continuez à chercher, et demandez au 811 ou à Drogue : aide et référence des services qui s'occupent des deux.

Est-ce que c'est gratuit au Québec?

Les services publics en santé mentale et en dépendance sont gratuits : CLSC, 811 option 2 et centres de réadaptation en dépendance. Les délais varient. Le privé, lui, coûte quelque chose, et j'en parle dans combien coûte un psychologue au Québec.

Être autiste rend-il la dépendance plus probable?

La recherche est partagée. Une grande enquête a trouvé que les adultes autistes buvaient ou consommaient moins dans l'ensemble, mais que ceux qui consommaient le faisaient beaucoup plus souvent pour composer avec leurs symptômes. La question serait donc moins « combien » que « pourquoi ».

Sources

  1. Québec.ca, Étapes pour obtenir des soins et services en santé mentale
  2. Drogue : aide et référence
  3. CAMH, Concurrent disorders (en anglais)
  4. Weir, Allison et Baron-Cohen 2021, consommation de substances chez les adolescents et adultes autistes (en anglais)
  5. Santé Canada, Obtenez de l'aide concernant la consommation de substances

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