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Abandon et TPL

Pourquoi je pars avant qu'on me quitte

La réponse courte

Pourquoi je quitte les gens avant qu'ils me quittent?

On part le premier parce qu'attendre un rejet qu'on croit certain fait plus mal que de le provoquer. Partir donne une impression de contrôle. Ce réflexe est lié à la peur de l'abandon, à un attachement insécure, à des blessures passées et parfois à des traits du trouble de la personnalité limite (TPL). Une thérapie comme la TCD peut aider.

Je fais ça depuis presque toujours. Des jobs, des amitiés, des projets, des villes au complet. Dès que je sens que quelqu'un commence à refroidir, j'ai déjà un pied dehors. J'attends pas de savoir si j'ai raison. Je pars le premier.

Pourquoi on quitte avant de se faire quitter? Parce que quand t'es convaincu que le rejet s'en vient, partir le premier donne l'impression d'avoir le contrôle. Ça fait moins mal d'être celui qui s'en va que celui qu'on laisse là. En tout cas, c'est ce que la partie apeurée du cerveau se raconte. Les psychologues relient ça à la peur de l'abandon, qui vient souvent d'un attachement insécure ou de blessures anciennes, et qui accompagne parfois des traits du trouble de la personnalité limite. Le survol de Psych Central sur l'anxiété d'abandon (en anglais) nomme le retrait émotionnel comme un des signes classiques.

Ça, c'est la théorie. Voici comment ça se passe dans ma tête.

De l'intérieur, ça ressemble à quoi?

Ça ressemble pas à de la peur. C'est ça, le piège. Ça ressemble à « je suis correct ». Au gars qui est juste pu tant dedans.

Quelqu'un se rapproche et j'aime ça, pour vrai. Pis là, un petit détail arrive. Un message qui prend une journée à revenir. Un ton dans une réunion. Un plan qui change. Mon cerveau classe ça comme une preuve et commence à monter un dossier, tranquillement, comme un avocat qui serait aussi l'accusé et le juge.

Quand le dossier est « solide », je me suis déjà retiré. Je deviens silencieux. Ou je provoque une chicane qui me donne une raison. Pis je pars. D'abord, c'est le soulagement, un gros souffle. Quelques jours plus tard, je me sens comme de la marde.

La majeure partie de ma vie, je ne voyais même pas que c'était un pattern. C'est la thérapie, ces dernières années, qui m'a fait regarder ça en face. La même affaire revenait à Vancouver, en Indonésie, pis de retour au Québec. Le point commun, c'était moi.

D'où ça vient, d'après moi

Je veux être clair sur les étiquettes. Je vis avec un trouble de la personnalité limite (TPL) et un TDAH, et à 50 ans, en pleine dépression nerveuse pendant les années COVID, j'ai aussi reçu un diagnostic de trouble du spectre de l'autisme (TSA). La peur de l'abandon, c'est un des gros traits du TPL, et chez moi, c'est le gros morceau. J'en parle plus en détail dans TPL, autisme ou trauma?

Sur sa page consacrée au TPL, le CAMH décrit des comportements impulsifs qui peuvent mener à l'abandon même que la personne redoute (CAMH, en anglais). Quand j'ai lu ça, j'ai arrêté de lire un bout. C'est exactement la boucle. T'as tellement peur d'être laissé que tu agis d'une façon qui rend le départ plus probable. Ou tu pars toi-même et t'appelles ça une décision.

Ensuite, il y a l'autisme, et là-dessus je suis pas mal plus sûr de mon coup. J'ai passé 50 ans à pas savoir pourquoi j'étais « bizarre ». Les tics, les obsessions, les passions que personne partageait. Quand t'es le différent aussi longtemps, tu deviens très bon pour repérer le moment exact où les gens décident que t'es de trop. J'ai appris à partir juste avant. Ça avait l'air de la dignité.

Pas besoin d'un diagnostic pour faire tout ça, en passant. Plein de monde part en premier sans aucune étiquette. Le fond de l'histoire est dans d'où vient la peur de l'abandon.

Ce que ça coûte

Pourquoi c'est si dur d'arrêter? Parce que ça marche. À court terme, ça marche à tout coup. Tu te fais jamais laisser. T'es jamais planté là pendant que quelqu'un t'annonce que c'est fini.

Le prix arrive plus tard, et il est énorme. Personne a le temps de te connaître assez pour rester. J'ai la mi-cinquantaine. Je suis capable d'animer une salle, et mes quelques vrais proches sont loin d'ici. Plein de gens me connaissent. Presque aucun que je vois au quotidien. J'en parle dans des amis proches, mais aucun près de chez moi, et c'est pas une lecture joyeuse.

Pis ça s'arrête pas parce que quelqu'un est resté. À la maison, Sandra, ma conjointe, endure tout ça. Je me surprends encore à tester, à guetter le jour où elle va en avoir assez. Ça, c'est à moi de le travailler. C'est pas à elle de prouver sans arrêt qu'elle partira pas.

Ce que j'essaie à la place

Pas de programme en dix étapes. Quelques affaires que je pratique, mal certains jours.

Repérer la phase du dossier. Quand je me rends compte que j'accumule des raisons, c'est l'alarme. Monter le dossier, c'est le symptôme. Si je suis capable de dire « je suis en train de faire mon affaire », même juste à moi-même, le dossier perd du poids.

Dire la chose qui fait peur au lieu de la chose froide. « Je me suis senti mis de côté quand t'as pas répondu », c'est cent fois plus dur à dire que rien. Mais rien, c'est comme ça que j'ai perdu presque tout ce que j'ai perdu.

La thérapie, surtout les habiletés. J'ai fait de la thérapie et j'en referais. La thérapie comportementale dialectique (TCD) a les meilleures données pour les traits de TPL, et le CAMH la nomme à côté d'autres approches comme la thérapie basée sur la mentalisation. Les habiletés de TCD pour tolérer la détresse et gérer les relations servent à n'importe qui dont les émotions mènent vers la sortie. J'explique les approches dans TCC, TCD, ACT en mots simples. Au Québec, la page santé mentale de Québec.ca explique comment entrer dans les services publics, en commençant par le 811. Relief offre aussi des groupes d'entraide pour l'anxiété et la dépression.

Sortir de ma bulle un peu plus. Partir trop tôt pis se cacher à la maison, c'est des cousins. La bulle, c'est l'autre moitié de cette histoire-là.

J'aimerais te dire que c'est réglé. C'est pas réglé. Ce qui a changé, c'est le délai. Je remarque l'envie de décrisser plus tôt qu'avant. Des fois une journée plus tôt, des fois une semaine. Une journée, c'est assez d'espace pour pas faire une niaiserie.

Si la peur d'être laissé glisse vers des idées de plus vouloir être là, les numéros pour ton coin sont sur la page Besoin d'aide maintenant. Au Québec : 1 866 APPELLE (1 866 277-3553), texto au 535353, ou suicide.ca.

Les questions qu'on pose

Partir avant d'être quitté, c'est un signe de TPL?

Ça peut en être un signe, mais c'est pas une preuve. La peur intense de l'abandon fait partie du TPL, mais on la voit aussi avec l'attachement insécure, le trauma, la dépression ou juste des mauvaises expériences. Seule une vraie évaluation peut te dire ce qui se passe.

Est-ce la même chose que l'attachement évitant?

Ça se recoupe. Les personnes au style évitant ont tendance à reculer quand ça devient proche, celles au style anxieux, à s'accrocher. Certains d'entre nous font les deux selon la journée, ce qui est épuisant pour tout le monde.

Est-ce qu'on peut arrêter?

On peut changer ça, tranquillement. La plupart commencent par repérer le réflexe plus tôt et par mettre de l'espace entre l'envie et la sortie. La thérapie, surtout la TCD ou une approche axée sur l'attachement, donne de vrais outils au lieu de compter sur la volonté.

Et si c'est mon conjoint ou ma conjointe qui recule tout le temps?

Sa peur est réelle, mais t'as le droit d'avoir des limites. Nomme ce que tu vois sans attaquer, et propose de l'aide pour lui ou elle et pour toi. Si le recul devient des menaces, du contrôle ou de la peur chez toi, c'est de la violence, et la page Besoin d'aide maintenant dit où appeler.

Sources

  1. Psych Central, Abandonment anxiety (en anglais)
  2. CAMH, Borderline personality disorder (en anglais)
  3. Gouvernement du Québec, Trouver de l'aide et du soutien en santé mentale
  4. Relief, Vivre avec l'anxiété, la dépression et la bipolarité

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