Voici une question que j'ai dû me poser, et j'aime mieux la poser en public que de faire semblant que je l'ai jamais fait.
Des colères explosives. Une peur de l'abandon tellement forte que je laisse les gens avant qu'ils me laissent. Des gros élans quand je commence un projet, puis le crash. De l'autosabotage quand ça va bien. De la consommation. Lis cette liste-là à froid à un clinicien, et pas mal d'entre eux vont dire trois lettres : TPL.
Et ils auraient en partie raison. Je vis depuis longtemps avec un trouble de la personnalité limite (TPL) et un TDAH, et à 50 ans, en pleine dépression nerveuse pendant la COVID, le trouble du spectre de l'autisme (TSA) s'est ajouté à la liste. Fait que je vis avec le chevauchement, et j'ai dû vivre avec cette question-là.
Alors, TPL ou autisme? Des fois l'un, des fois l'autre. Souvent les deux, avec du trauma emmêlé au milieu. De l'extérieur, ils se ressemblent parce que les deux amènent des émotions intenses et des relations difficiles. La différence, c'est d'où ça part. L'autisme (le TSA) est une différence neurodéveloppementale présente toute la vie, qui se voit dans le sensoriel et le social dès l'enfance. Le TPL tourne autour d'émotions instables, d'une image de soi instable et de relations orageuses, souvent liées à du trauma ou de la négligence. Une bonne évaluation regarde tout ça ensemble.
Pourquoi on mélange le TPL et l'autisme
En 2024, des chercheurs de la Brighton and Sussex Medical School ont publié une étude sur des adultes autistes d'abord mal diagnostiqués avec un TPL (en anglais). Petite étude, dix personnes, mais ce qu'elles racontent mérite d'être entendu. L'étiquette TPL venait avec un gros stigmate. Elle a fait arrêter les cliniciens de chercher l'autisme. Une partie du traitement pour le TPL les poussait à masquer encore plus, à changer qui elles étaient. Quand le diagnostic d'autisme est finalement arrivé, plusieurs l'ont décrit comme un tournant, parce qu'elles pouvaient arrêter d'essayer de se réparer et commencer à s'accepter comme elles sont faites.
Les chercheurs résument aussi la différence de stigmate sans détour. Avec le TPL, on traite les gens comme s'ils étaient brisés et potentiellement dangereux. Avec l'autisme, le stigmate porte plutôt sur la compétence.
Dans la recherche, ce sont surtout des femmes qui se font lire de travers comme ça. Je pense pas que les gars en soient à l'abri. Un homme de 50 ans qui explose, qui boit ou consomme, pis qui garde pas ses amis, on l'envoie rarement en évaluation pour l'autisme. On l'envoie en gestion de la colère, si on l'envoie quelque part.
Là où ça se recoupe
Les deux peuvent venir avec :
- des réactions émotives qui semblent démesurées
- des relations dures à garder stables
- des explosions, des fermetures ou ce qui ressemble à de la rage
- l'impression de jamais vraiment fitter nulle part
- de l'automutilation ou des idées suicidaires chez certaines personnes (si c'est ton cas, lis jusqu'au bout, s'il te plaît)
C'est tout le problème. Si on regarde juste le comportement, on peut défendre un diagnostic comme l'autre.
Comment les cliniciens les distinguent
C'est général, pas un test diagnostique. Mais quelques indices penchent d'un bord ou de l'autre.
La ligne du temps. L'autisme est là dès la petite enfance, même si personne l'a nommé. Pour moi, c'est 50 ans d'être « bizarre » : des tics, des habitudes, des obsessions et des passions que personne d'autre comprenait. Les patterns du TPL prennent plutôt forme à l'adolescence ou au début de l'âge adulte.
Ce qui déclenche l'explosion. Une crise autistique, c'est souvent de la surcharge. Trop de bruit, trop de changements, jusqu'à ce que le système lâche. La détresse de type TPL est plus souvent liée aux relations, surtout à l'impression d'être rejeté ou laissé. Je pense avoir vécu les deux sortes. J'explique la différence dans crise autistique ou crise de colère?
L'image de soi. Le TPL vient souvent avec une identité qui bouge beaucoup, l'impression d'être quelqu'un d'autre selon avec qui on est. Les personnes autistes peuvent aussi se sentir perdues, mais souvent parce qu'elles ont masqué si longtemps qu'elles savent plus ce qu'il y a en dessous.
Le câblage sensoriel et social. Les sensibilités sensorielles, le besoin de routine et les intérêts très pointus et très profonds pointent vers l'autisme. Ils font pas partie du TPL.
Le trauma dans tout ça
Le trauma, c'est le troisième larron dont personne veut parler. Le NHS (en anglais) note que beaucoup de personnes avec un TPL ont vécu du trauma ou de la négligence dans l'enfance. De leur bord, les enfants autistes vivent souvent beaucoup d'intimidation et de rejet juste parce qu'ils sont différents. Tu peux donc te retrouver avec un adulte autiste qui porte un vrai trauma, et dont les réactions au stress ressemblent pas mal au TPL.
C'est pour ça que j'aime pas trop le « l'un ou l'autre ». Pour bien du monde, la réponse honnête, c'est « un peu de chaque ».
Pourquoi l'étiquette compte
Personne a besoin d'une collection de diagnostics. Ce qui compte, c'est l'aide que tu finis par recevoir.
Si t'es autiste et qu'on te traite juste pour un TPL, on peut te pousser à masquer encore plus, ce que les participants de l'étude de Sussex ont relié à une santé mentale pire. Si t'as un TPL et qu'on met tout sur le dos de l'autisme, tu peux passer à côté de la thérapie comportementale dialectique (TCD), que le CAMH (en anglais) nomme en premier parmi les traitements spécialisés, avec la thérapie des schémas et la thérapie basée sur la mentalisation. Le CAMH précise aussi qu'il existe pas de médicament spécifique pour le TPL lui-même.
La bonne nouvelle, s'il y en a une : certaines des habiletés les plus utiles marchent peu importe l'étiquette. Les habiletés de TCD pour traverser la détresse et gérer les relations m'ont aidé à réfléchir à mes propres explosions, et pas besoin d'un diagnostic de TPL pour s'en servir. Je voudrais un ou une thérapeute pour la vraie affaire, mais un cahier d'exercices, c'est une bonne place pour commencer à lire.
The Dialectical Behavior Therapy Skills Workbook
McKay, Wood, Brantley
Mon avis. Tolérance à la détresse, régulation des émotions : les outils que j'aurais voulu avoir avant chaque robplosion. Ça marche aussi pour les envies de consommer.
À savoir. Un cahier n'est pas une vraie TCD avec un thérapeute.
Si t'essaies de démêler ton propre cas
Écris ta ligne du temps avant de voir qui que ce soit. T'étais comment à six ans, à quinze ans, à trente ans? Qu'est-ce qui te fait sauter : les gens, ou le bruit et le changement? Ensuite, demande une évaluation qui considère l'autisme, le TPL et le trauma ensemble, idéalement par quelqu'un qui connaît l'autisme chez l'adulte. Au Québec, je décris les chemins possibles dans obtenir une évaluation de l'autisme à l'âge adulte au Québec, et l'Ordre des psychologues du Québec explique où trouver un ou une psychologue.
Si t'as déjà un diagnostic de TPL et qu'il fitte pas, t'as le droit de demander un deuxième regard. Pis s'il fitte, c'est pas une sentence à vie. Le NHS dit que bien des gens avec un TPL finissent par se rétablir.
Si quoi que ce soit ici te fait penser à te faire du mal ou au suicide, va sur la page Besoin d'aide maintenant. Au Québec : 1 866 APPELLE (1 866 277-3553), texto au 535353, ou suicide.ca. Ailleurs au Canada et aux États-Unis : 988.