J'ai passé des années debout devant du monde. À présenter des projets à des clients, à diriger une entreprise, à parler devant des gens qui avaient l'air de croire que je savais ce que je faisais. Pis il y avait toujours un bout de ma tête qui restait dans le coin, à attendre que quelqu'un se lève et dise : c'est qui qui a laissé entrer ce gars-là?
Est-ce que le syndrome de l'imposteur frappe plus fort chez les personnes autistes ou TDAH? Probablement. Personne ne l'a prouvé proprement. Le peu de recherche qui existe va dans ce sens-là, et je pense que la raison porte un nom qu'on connaît déjà : le masquage.
Une affaire à mettre au clair tout de suite. Personne ne reçoit un diagnostic de syndrome de l'imposteur. Ce n'est dans aucun manuel. On utilise l'expression pour parler de l'impression que nos réussites sont un accident et que quelqu'un va finir par s'en rendre compte. Presque tout le monde y goûte un jour. Certains d'entre nous y vivent à l'année.
Ce que la recherche dit vraiment
La plus grosse synthèse que j'ai trouvée, c'est une revue systématique publiée en 2020 dans le Journal of General Internal Medicine. Soixante-deux études, environ 14 000 personnes. Selon le questionnaire et le seuil choisis, de 9 % à 82 % des gens « avaient » le syndrome. Un écart pareil, ça vous dit à quel point la notion est floue.
Deux choses m'ont frappé. On le trouve autant chez les hommes que chez les femmes, des ados jusqu'aux gens en fin de carrière. Et il vient souvent avec de la dépression ou de l'anxiété. En plus, au moment de leur recherche, aucune étude n'avait encore testé un traitement. Aucune.
Côté TDAH, une étude parue en 2026 dans Behavioral Sciences a sondé 500 étudiants universitaires aux États-Unis. Ceux dont les réponses laissaient penser à un TDAH se sentaient plus souvent imposteurs, avaient une estime d'eux-mêmes plus basse et plus de détresse face à leur identité. Les chercheurs voient un chemin entre les symptômes de TDAH et ce sentiment d'imposture, qui passe en partie par l'estime de soi et en partie par le masquage. Les bémols, parce que j'haïs quand on les saute : des étudiants, des réponses autodéclarées, un sondage, et personne n'a été évalué cliniquement pour l'étude.
Côté autisme, je n'ai pas trouvé d'étude solide qui mesure vraiment le syndrome de l'imposteur chez les adultes autistes. J'ai trouvé un texte de la Dre Mary Doherty, médecin autiste et fondatrice d'Autistic Doctors International, publié cette année dans Autism Research. Le titre : « People Think I'm a Fraud », les gens pensent que je suis un imposteur. Bien des personnes diagnostiquées sur le tard vont lire ça et hocher la tête.
Pourquoi le masquage donne l'impression d'être un faux
Masquer, c'est copier la façon d'agir des autres pour passer inaperçu. Le contact visuel qu'on se force à tenir. La face qu'on garde en réunion pendant que le néon qui grésille nous rentre dans le crâne. Je l'ai fait pendant 50 ans sans savoir que ça avait un nom, ni même que je le faisais. (J'en parle plus dans ce qu'est le masquage.)
Le piège est là. Si ce que les gens ont aimé, c'était une performance, alors les compliments vont à la performance. Pas à vous. Ça ne rentre pas. Quelqu'un vous dit « belle présentation » et votre cerveau classe ça sous « le numéro a encore marché ». C'est loin de « je suis bon là-dedans ».
Et plus le numéro marche, pire c'est. Personne ne voit ce que ça coûte. Ils voient un gars qui a tenu la salle. Ils ne voient pas les heures à récupérer après. Ni la certitude, en dedans, que s'ils voyaient le vrai filage, ils reculeraient. Ça fait qu'on se sent imposteur deux fois : faux dans la salle, et faux de cacher combien ça nous a coûté.
Il y a un autre morceau. Bien des personnes autistes ont des forces très inégales. Je pouvais convaincre une salle pleine d'inconnus, puis repousser un simple coup de téléphone pendant des jours. Quand on réussit la chose « difficile » et pas la « facile », on finit par croire que la difficile, c'était de la chance.
J'ai un TDAH, en plus d'un TPL et d'un trouble du spectre de l'autisme (TSA). Ça se voit surtout dans ma façon de partir à fond puis de m'effondrer (j'en parle dans boom, puis l'effondrement). Si vous avez un TDAH, ajoutez des années de bulletins et de patrons qui vous disent que vous êtes négligent ou que vous ne faites pas d'effort, et vous voyez comment l'impression d'imposture se construit.
L'autre imposture : suis-je vraiment autiste?
Personne ne vous avertit pour celle-là. Après un diagnostic tardif, le doute change de bord. On arrête de se demander si on est un faux au travail. On se demande si on est un faux autiste.
J'ai reçu mon diagnostic en pleine dégringolade, pendant les années COVID, à un âge où tout le monde se dit qu'on l'aurait remarqué avant. Certains jours, je me surprends encore à penser que je voulais juste une explication et que j'en ai trouvé une. Que je l'ai eue parce que je parle bien. C'est la même petite voix, habillée autrement. Elle se fout pas mal de ce que l'évaluation a conclu.
Si vous êtes rendu là, le billet sur le deuil et le soulagement après un diagnostic tardif pourrait vous parler. Ce doute-là a l'air courant. Ça ne veut pas dire que le diagnostic était faux.
Ce qui m'aide, un peu
Je n'ai pas de remède. La science non plus, apparemment. Quelques affaires adoucissent les angles.
Écrire ce qui s'est vraiment passé. Pas ce que la voix raconte. Le projet a été livré. Le client est revenu. Personne dans la salle ne m'a lancé de tomates. Sur papier, la théorie du « coup de chance » demande pas mal de coups de chance.
Enlever le masque exprès, dans de petites situations. Dire « j'ai besoin d'une minute » au lieu de faire semblant que ça va. Arrêter de forcer le contact visuel. Puis remarquer que les gens, en général, sont restés. Ça aussi, c'est une preuve, et la voix l'haït.
Savoir que le schéma a un nom. Ça a l'air de rien. Pour moi, apprendre que le sentiment d'imposture et le masquage étaient reliés, et que ni l'un ni l'autre ne prouvait que j'étais brisé, ça a changé quelque chose.
Le dire à voix haute à quelqu'un. Un psychologue, ou n'importe qui qui ne va pas essayer tout de suite de vous convaincre du contraire. La voix crie plus fort dans votre tête que dans une pièce.
Si le sentiment d'imposture s'est installé par-dessus une vraie dépression ou de l'anxiété, c'est une autre conversation. Parlez-en à votre médecin ou à un psychologue. Au Québec, Info-Social 811 est une bonne porte d'entrée.
Je le ressens encore, en passant. Je l'ai ressenti en écrivant ce texte. Quelqu'un va le lire et se dire : pour qui il se prend, lui? Correct. Je le publie pareil.
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