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Estime et sabotage

Boom, puis l'effondrement (mon cycle d'énergie)

La réponse courte

Pourquoi je commence tout avec une énergie folle pis je m'effondre après?

Partir un projet avec une énergie énorme puis s'effondrer, c'est un schéma fréquent avec le TDAH, où un long hyperfocus est souvent suivi d'une baisse, et avec l'autisme, où dépasser ses limites peut mener au burnout. Ça peut aussi être une dépression. Si les hauts viennent avec peu de besoin de sommeil pendant des jours, faites vérifier un trouble bipolaire.

Je pars les affaires comme un feu de forêt. Une nouvelle idée arrive et tout d'un coup, c'est la seule chose qui existe. Je suis debout tôt, couché tard, j'en parle à quiconque reste immobile assez longtemps. Puis, quelques semaines ou quelques mois plus tard, le plancher défonce. Je ne suis même plus capable de regarder le projet. Et la petite voix arrive pour me dire que c'est pour ça que je ne finis jamais rien.

C'est ça, le cycle. Boom, puis l'effondrement. Je fais ça depuis toujours.

Pourquoi ça arrive? Pour bien du monde, c'est relié à la façon dont le cerveau gère l'attention et l'énergie. Avec un TDAH, les longues périodes d'hyperfocus sont fréquentes, et la fin d'une période peut donner l'impression de tomber d'une falaise. Avec l'autisme, dépasser ses limites trop longtemps peut finir en burnout. Ça peut aussi être une dépression, ou pour certaines personnes un trouble bipolaire, qui vaut la peine d'être écarté. J'y reviens plus bas.

Comment se vit le boom

Ça fait du bien. C'est ça, le problème.

Tout s'emboîte. Je vois le projet fini dans ma tête. Des idées se connectent qui ne s'étaient jamais connectées avant. Je ne suis pas fatigué, ou je le suis et je m'en fous. Le reste de la vie se fait tasser sur le bord, et de l'intérieur du boom, ça a l'air de la concentration, pas de la négligence.

Certains de mes gros départs ont tenu. Raincity Studios a tenu. Ceningan Divers, l'entreprise de plongée en Indonésie, a tenu. Bien d'autres n'ont rien donné, et personne à part moi ne s'en souvient.

Comment se vit l'effondrement

À plat. Comme si quelqu'un avait coupé le courant dans toute la maison.

Le projet auquel je n'arrêtais pas de penser la semaine passée me donne maintenant un petit mal de cœur. Ouvrir le fichier, c'est trop. Je deviens silencieux. Puis la honte arrive, parce que j'en avais parlé à tout le monde, et parce que bon, on recommence.

La majeure partie de ma vie, je voyais même pas l'effondrement comme un pattern. Ça m'a pris un diagnostic à 50 ans, pour commencer à le lire comme quelque chose qui a un mécanisme.

Pourquoi ça arrive, d'après ce que je comprends

J'ai un diagnostic de trouble du spectre de l'autisme (TSA) et de TDAH. Les deux méritent qu'on s'y arrête.

L'hyperfocus. Une étude de Hupfeld et ses collègues publiée en 2019 a créé un questionnaire pour mesurer l'hyperfocus et l'a testé sur deux groupes d'adultes (251, puis 372 personnes). Plus les gens avaient de symptômes de TDAH, plus ils rapportaient d'hyperfocus, dans toutes sortes de contextes, de l'école jusqu'aux écrans. La concentration longue, absorbée, où on perd la notion du temps, existe pour vrai, et elle est plus fréquente quand on a plus de traits de TDAH.

Le crash d'après. Le magazine ADDitude a publié un texte de Douglas Cootey sur le crash après l'hyperfocus (en anglais) : quand l'hyperfocus s'arrête, la clarté part avec, et bien des gens tombent dans le brouillard, le découragement ou une vraie déprime. Il conseille de s'y attendre et de prévoir où atterrir. J'en reparle plus bas.

Le burnout autistique. Celui-là m'a frappé le plus fort, parce que mon gros effondrement a été une vraie dégringolade pendant les années COVID, et c'est là que j'ai reçu mon diagnostic. Des chercheurs australiens du projet Autism CRC sur le burnout ont sondé 141 adultes autistes. L'épuisement et le retrait social faisaient partie du cœur de l'expérience. Ils ont aussi vu que le burnout était souvent pris pour une dépression, de l'anxiété, un trouble bipolaire ou un trouble de la personnalité limite. Quand j'ai lu ça, quelques morceaux de ma vie se sont replacés. (Plus de détails dans ce qu'est vraiment le burnout autistique.)

Mon hypothèse, et c'est juste une hypothèse : chez moi, le boom n'est pas seulement de l'excitation. C'est aussi moi qui roule à l'adrénaline et qui masque à plein volume, en dépensant de l'énergie que je n'ai pas. L'effondrement, c'est la facture.

Quand ça pourrait être autre chose

Si le haut vient avec très peu de sommeil sans se sentir fatigué, plus des décisions risquées, et que ça dure des jours, parlez-en à un médecin. Ça peut ressembler à de la manie ou de l'hypomanie, et le trouble bipolaire se traite très bien une fois qu'on l'a nommé. J'ai écrit un billet complet sur la différence entre bipolarité et cycle d'énergie neurodivergent, parce que j'ai dû me poser la question moi aussi.

Et si l'effondrement s'étire en semaines d'humeur basse où plus rien ne vous intéresse, traitez ça comme une dépression jusqu'à ce qu'un professionnel dise le contraire.

Ce que j'essaie

Je n'ai pas réglé ça. Je suis juste devenu un peu meilleur pour le voir venir.

Arrêter pendant qu'il me reste du gaz. En plein boom, ça a l'air complètement absurde. C'est aussi l'affaire la plus utile. Si j'arrête pour la journée pendant que j'ai encore le goût de continuer, je reviens le lendemain. Si je pousse jusqu'à tomber, souvent je ne reviens pas du tout. Dans les milieux de l'autisme et des maladies chroniques, on appelle ça la gestion de l'énergie, ou le « pacing ».

Prévoir l'atterrissage. Le conseil de Cootey, c'est de s'attendre au crash et de prévoir ce qui vient après, pour que la fin d'un projet ne soit pas juste une chute dans le vide. Pour moi, ça veut dire savoir que le boom va finir et décider d'avance à quoi ressemble un atterrissage en douceur. Une marche au bord du lac. Une petite tâche plate, et surtout pas une nouvelle obsession.

Écrire le départ. Quand une nouvelle idée me frappe, je note la date et comment je me sens. C'est niaiseux. Ça m'aide quand même à voir le schéma au lieu de le revivre chaque fois comme si c'était la première.

Faire la paix avec les affaires à moitié faites. J'en ai une liste. Avant, je la lisais comme une liste d'échecs. Maintenant, j'essaie de la lire comme une liste de choses qui m'ont appris quelque chose. Certains jours, ça marche.

Si le cycle gâche votre travail ou vos relations, parlez-en à un médecin ou à un psychologue. Une vraie évaluation pour le TDAH, l'autisme ou un trouble de l'humeur peut changer ce que vous faites avec ça. Au Québec, votre médecin, un CLSC ou Info-Social 811 peuvent vous orienter.

L'effondrement, c'est aussi le moment où je suis le plus porté à saboter ce qui allait bien. Si un crash tourne un jour en idée de ne plus vouloir être là, la page Besoin d'aide maintenant donne les numéros pour votre région.

Les questions qu'on pose

Pourquoi j'ai des poussées d'énergie suivies d'effondrements?

Souvent parce qu'on dépense plus d'énergie qu'on en a pendant la poussée, par l'hyperfocus ou le masquage, et que l'effondrement, c'est le corps et le cerveau qui rattrapent. C'est fréquent avec le TDAH et l'autisme. La dépression et le trouble bipolaire peuvent aussi causer des cycles, alors si c'est intense ou régulier, faites-le évaluer.

Le cycle boom-crash est-il un signe de TDAH?

Ça peut en faire partie. La recherche relie plus de symptômes de TDAH à plus d'hyperfocus, et bien des adultes avec un TDAH décrivent une baisse après une longue période d'hyperfocus. Ce n'est pas un diagnostic en soi, par contre. L'autisme, la dépression et d'autres conditions peuvent donner un schéma semblable.

Comment savoir si mes variations d'énergie sont bipolaires?

La manie bipolaire, c'est un haut extrême qui dure au moins une semaine, avec par exemple un besoin de sommeil réduit. Les cycles neurodivergents suivent plutôt l'intérêt ou les exigences du moment, pas un changement d'humeur qui arrive tout seul. Seul un clinicien peut vraiment faire la différence, alors notez ce qui se passe et apportez-le à votre rendez-vous.

C'est quoi, le « pacing »?

C'est répartir son énergie exprès : arrêter avant d'être épuisé, prévoir du repos, ne pas tout dépenser une bonne journée. Beaucoup de personnes autistes et de personnes avec une fatigue chronique l'utilisent pour éviter le crash qui suit quand on en fait trop.

Sources

  1. Hupfeld, Abagis et Shah, Living "in the zone": hyperfocus in adult ADHD (2019)
  2. ADDitude, The ADHD hyperfocus crash
  3. Autism CRC, Confirming the nature of autistic burnout
  4. NIMH, Bipolar disorder
  5. Québec.ca, Info-Social 811

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