robplosions
Dépression

Quand la colère cache une dépression

La réponse courte

Est-ce que la dépression peut rendre agressif?

Oui. L'irritabilité est un symptôme reconnu de la dépression, et chez les hommes surtout, la dépression se montre souvent par la colère, un caractère prompt et une sensibilité à la critique plutôt que par la tristesse. Si vous avez la mèche courte depuis des semaines, avec un mauvais sommeil, peu d'énergie ou moins d'intérêt, faites vérifier une dépression.

Pendant des années, les gens autour de moi ont vu la colère. Les robplosions. C'est un ami qui leur a donné ce nom-là il y a presque 20 ans, quand j'étais PDG de Raincity Studios à Vancouver, et le nom est resté parce qu'il collait. Quelque chose allait mal et j'explosais sur la personne la plus proche.

Ce que personne ne voyait, moi compris, c'est ce qu'il y avait peut-être en dessous. La dépression et moi, on se connaît depuis longtemps. Ça m'a pris bien du temps avant de me demander si une partie de cette colère-là n'était pas de la dépression habillée autrement.

Alors, la dépression peut-elle rendre colérique? Oui. L'irritabilité est un symptôme reconnu de la dépression. Chez les hommes surtout, la dépression sort souvent sous forme de colère, de caractère prompt, de susceptibilité à la critique, de perte du sens de l'humour, au lieu de la tristesse à laquelle on s'attend. Si vous avez la mèche courte depuis des semaines et qu'en plus vous dormez mal, roulez sur la réserve ou n'avez plus de plaisir à rien, ça vaut la peine de faire vérifier une dépression.

Oui, la dépression peut sortir en colère

CAMH (en anglais) place l'irritabilité parmi les symptômes de la dépression, à côté de la tristesse, de la perte d'intérêt, de la fatigue, des troubles du sommeil et des difficultés de concentration. Pour parler de dépression, les symptômes doivent durer plus de deux semaines et nuire au quotidien.

HeadsUpGuys, une ressource en santé mentale pour hommes basée à Vancouver (en anglais), va plus loin. Le site décrit la dépression chez l'homme comme se manifestant souvent par l'irritabilité, la sensibilité à la critique, la rage au volant et un caractère prompt, et note que les hommes montrent plus souvent leur dépression par la colère que par les larmes. Une partie de ça vient de ce que les hommes ont le droit de ressentir. La colère, c'est accepté. La tristesse, non, ou en tout cas pas pour bien des gars de ma génération.

C'est ça, le piège. Si la seule émotion qu'on vous a appris à montrer, c'est la colère, tout sort par cette porte-là. La peine, la peur, l'épuisement, le désespoir. Tout finit en criant.

Comment j'ai commencé à voir le lien

Je veux être honnête : je reconstitue ça avec du recul. Personne ne m'a remis un tableau.

Quand je regarde en arrière, certaines de mes pires explosions sont arrivées pendant des périodes où j'étais déjà au plus bas. Fatigué d'une fatigue que le sommeil ne réglait pas. Plus rien ne m'allumait. Dans ces périodes-là, j'avais la mèche courte, et je veux dire courte. Un petit problème devenait la goutte qui fait déborder le vase parce que je roulais sur les vapeurs depuis des semaines.

Puis il y avait la boucle. J'explosais. La honte arrivait tout de suite après, lourde. Et la honte nourrissait la déprime, ce qui rendait la prochaine explosion plus probable. La colère sort, la honte rentre, et ça tourne en rond. J'ai parlé du côté honte dans pourquoi j'explose pour des riens.

Ajoutez la consommation là-dessus et vous avez un portrait très difficile à lire de l'intérieur. Ça fait seize ans que je n'ai pas touché à la cocaïne ni à l'héroïne. Je peux vous dire que ce que je prenais, et quand, rendait mes humeurs encore plus dures à démêler.

Rien de ça n'excuse ce que j'ai fait quand j'explosais. La dépression explique peut-être une partie. Ça ne rend pas ça correct, et ça ne rend personne d'autre responsable d'encaisser.

Comment savoir si votre colère pourrait être une dépression

Il n'y a pas de test simple. Quelques questions à vous poser honnêtement :

  • Est-ce nouveau, ou pire que d'habitude? Si vous êtes devenu beaucoup plus irritable ces dernières semaines ou ces derniers mois, quelque chose a changé.
  • Est-ce que ça vient avec le reste? Mauvais sommeil, peu d'énergie, perte d'intérêt, difficulté à vous concentrer, sentiment de ne rien valoir. La colère avec tout ça, c'est une autre histoire que la colère toute seule.
  • Où va la colère après? Si l'explosion se transforme en honte et en haine de vous-même, ce retournement vers l'intérieur est fréquent dans la dépression.
  • Est-ce que vous l'engourdissez? Plus d'alcool, plus de consommation, plus de travail, plus de risques. C'est souvent une façon de fuir une émotion qu'on n'a pas nommée.

D'autres choses qui y ressemblent

Toute colère n'est pas une dépression. Une partie vient d'ailleurs, et une partie, c'est de la colère, point.

Chez les personnes autistes, la surcharge peut finir en crise (meltdown), ce qui n'est ni un caprice ni de l'irritabilité dépressive (voir crise autistique ou crise de colère?). Il y a aussi le trouble explosif intermittent, où les explosions sont démesurées par rapport à ce qui les a déclenchées (j'en parle ici). L'anxiété, la douleur chronique, le manque de sommeil et les substances peuvent aussi raccourcir la mèche.

Un médecin ou un psychologue peut aider à démêler tout ça. Vous pourriez en avoir plus d'un à la fois. C'était probablement mon cas.

Si votre colère fait peur aux gens avec qui vous vivez

Je dois le dire clairement. Si les personnes avec qui vous vivez ont peur de vous, ou s'il y a eu des menaces ou de la violence, c'est de la violence conjugale ou familiale, peu importe ce qu'il y a en dessous. La dépression peut faire partie de l'explication. Ce n'est pas un passe-droit.

Et gérer votre colère, ce n'est pas la job de la personne avec qui vous vivez. C'est la vôtre.

Si vous êtes la personne qui la subit, au Québec, SOS violence conjugale répond 24 heures sur 24 au 1 800 363-9010, ou par texto au 438 601-1211. J'en parle plus de l'autre côté dans vivre avec les crises de quelqu'un, et où est la limite.

Si c'est vous qui explosez, allez chercher de l'aide pour la colère elle-même, en plus de la dépression qu'il y a peut-être dessous. Parlez-en à un professionnel. Au Québec, Info-Social 811 peut vous orienter.

Ce qui aide

Faire évaluer la dépression. Si la dépression fait partie du portrait, la traiter peut enlever de la pression sur la mèche. La thérapie aide. La médication, c'est une conversation avec votre médecin ou votre pharmacien, pas avec un blogue. Au Québec, commencez par votre médecin, un CLSC ou le 811.

Travailler la colère directement aussi. Traiter la dépression ne va pas défaire automatiquement des années d'habitudes de colère. Apprendre à repérer les premiers signes dans le corps et sortir de la pièce avant d'exploser, c'est une compétence, et ça s'apprend. Je l'apprends encore. Voyez comment j'apprends à contrôler mes crises.

Nommer ce qu'il y a en dessous. La prochaine fois que vous sentez la chaleur monter, demandez-vous ce qu'il y a d'autre. De la fatigue? De la peur? Des fois, la réponse me surprend.

Réparer après. Si vous avez explosé sur quelqu'un, les excuses comptent, et ce que vous faites de différent après compte aussi. C'est un billet en soi : réparer après une explosion.

Si tout ça est devenu sombre pour vous, la page Besoin d'aide maintenant donne les numéros pour votre région.

Les questions qu'on pose

La dépression peut-elle rendre colérique?

Oui. L'irritabilité est un symptôme reconnu de la dépression. Certaines personnes, les hommes surtout, vivent la dépression surtout comme de la colère, de la frustration et un caractère prompt plutôt que de la tristesse. Si ça vient avec un mauvais sommeil, peu d'énergie ou une perte d'intérêt et que ça dure plus de deux semaines, faites-le vérifier.

Pourquoi je suis tout le temps irritable?

Les raisons possibles sont nombreuses : dépression, anxiété, manque de sommeil, stress chronique, douleur, consommation, ou surcharge sensorielle si vous êtes autiste. Si l'irritabilité est nouvelle ou qu'elle empire, parlez-en à un médecin. C'est souvent le signe que quelque chose en dessous a besoin d'attention.

La colère est-elle un symptôme de dépression chez l'homme?

Souvent, oui. Les ressources en santé mentale des hommes décrivent la dépression masculine comme se manifestant fréquemment par l'irritabilité, la sensibilité à la critique et un caractère prompt. Bien des hommes ne la reconnaissent pas parce qu'ils ne se sentent pas « tristes ».

Traiter la dépression aide-t-il pour la colère?

Pour bien des gens, l'irritabilité diminue quand la dépression se lève. Les habitudes de colère bâties sur des années peuvent quand même demander leur propre travail, en thérapie ou avec des outils de gestion de la colère. Si votre colère fait peur ou fait mal à d'autres, allez chercher de l'aide tout de suite, peu importe la cause.

Sources

  1. CAMH, Depression
  2. HeadsUpGuys, Depression in men
  3. SOS violence conjugale
  4. Québec.ca, Info-Social 811

Besoin d'aide?

Si vous risquez de passer à l’acte ou si vous êtes en danger, appelez le numéro d’urgence local maintenant.

Plus de lignes d'aide →