La plupart des conseils pour se faire des amis après 50 ans sont écrits par du monde qui en a déjà. Ça paraît. C'est plein de « joins un club de lecture! » avec un bonhomme sourire.
J'ai la mi-cinquantaine, j'ai un TSA, je suis en rétablissement, et je vis en campagne dans la Petite-Nation, où tout est à vingt minutes de char et où l'hiver dure à peu près sept ans. Aucun de mes amis proches ne vit près d'ici. (C'est un autre texte.) Ce que tu lis là ne vient pas de la ligne d'arrivée. C'est ce que j'ai compris en étant encore sur la ligne de départ.
La version courte : après 50 ans, on se fait des amis en choisissant une affaire qui revient et en y allant, encore et encore, bien après que le malaise soit passé. L'amitié pousse sur la répétition. Le même monde, à la même place, pendant des mois. Un jour, quelqu'un propose un café, l'autre dit oui. C'est tout. C'est lent, un peu plate, et ça marche mieux que n'importe quelle astuce.
Pourquoi c'est plus dur rendu là
À 20 ans, l'amitié t'arrive dessus. T'es pogné dans des cours, des appartements, des premières jobs, avec du monde de ton âge qui cherche aussi. À 50 ans, plus personne n'est pogné avec toi. Les amis de bureau s'éloignent quand la job finit. Les couples sont occupés avec les petits-enfants. Le monde déménage.
Le Survey Center on American Life a trouvé qu'en 2021, 12 % des adultes américains n'avaient aucun ami proche, quatre fois plus que les 3 % d'un sondage Gallup de 1990. C'est pas une faute personnelle. La machine qui nous fabriquait des amis s'est arrêtée, et il faut la rebâtir à la main.
Pour moi, il y a une couche de plus. Avec l'autisme, le social roule en manuel. Les années de consommation voulaient dire qu'une bonne partie de mon ancien monde était attachée à cette vie-là, et en sortir voulait dire les laisser. Et j'ai une vraie peur de sortir, de dépasser la bulle que je me suis bâtie à la maison. La bulle est confortable. C'est ça, le problème.
Choisis quelque chose qui revient
La chose la plus utile que j'ai lue, et que j'ai trouvée vraie : les événements uniques ne font pas d'amis. La répétition, oui.
Un party où tu rencontres 30 personnes te donne 30 noms que tu vas oublier. Une activité hebdomadaire où tu revois les mêmes huit personnes te donne, après quelques mois, peut-être une personne que t'aimes vraiment. C'est le deal.
Choisis donc quelque chose avec un horaire. Une fois par semaine, c'est l'idéal. Quelques idées :
- Un cours qui dure une saison (poterie, menuiserie, langue, photo)
- Du bénévolat avec un quart régulier (banque alimentaire, caserne, entretien de sentiers, radio communautaire)
- Un club de marche, de rando, de vélo ou de ski de fond
- Une chorale, un band, une soirée de jeux, une ligue de curling ou de quilles
- Un groupe d'entraide, si tu vis quelque chose de précis
Ce dernier est sous-estimé. Le répertoire du RRASMQ liste les ressources communautaires par région, dont des groupes d'entraide. Relief offre des groupes d'autogestion pour l'anxiété, la dépression et la bipolarité. Si t'es autiste, les associations régionales membres de la Fédération québécoise de l'autisme organisent des activités pour adultes. Et le 211 peut t'orienter vers les organismes de ton coin. Dans un groupe d'entraide, le monde saute le small talk, et pour quelqu'un comme moi, c'est un gros soulagement.
Côte à côte plutôt que face à face
Je jase bien mieux quand on fait quelque chose ensemble. Réparer une affaire. Marcher. Transporter des chaises. Face à face, les yeux dans les yeux, « pis toi, tu fais quoi dans la vie? », c'est là que je gèle ou que je me mets à performer.
Si c'est ton cas, choisis des activités avec une tâche intégrée. La tâche porte les silences. Personne ne te fixe en attendant ta prochaine réplique.
Faire le petit pas (la partie qui fait peur)
Tu peux aller au même cours pendant un an et repartir avec zéro ami si personne ne bouge. D'habitude, personne ne bouge, parce que tout le monde attend.
Sois celui qui bouge. Pas une grande déclaration. Petit.
« Je vais prendre un café après, tu viens? » « Je m'en vais à l'affaire de samedi. T'embarques? » « Je t'envoie le lien dont je te parlais. »
Ensuite, relance. C'est là que j'ai toujours échoué. Je dis « faudrait refaire ça » et je le pense, puis je n'envoie jamais le message, parce que l'envoyer, c'est comme demander à me faire rejeter. Si l'autre dit non ou ne répond pas, c'est correct. Réessaie une fois plus tard. Deux essais, puis laisse aller sans te raconter que personne ne t'aime.
Surveille ton propre réflexe de fuite
Cette partie-là parle de moi. Peut-être de toi aussi.
Quand quelqu'un commence à m'apprécier, je commence à chercher des raisons de partir. Il parle trop. Il est sûrement juste poli. J'ai pas le temps. Je suis fatigué. C'est trop loin. Sur le coup, tout ça sonne raisonnable. La plupart du temps, c'est la vieille peur d'être laissé, déguisée en bon sens. (Plus sur ce pattern ici.)
J'ai aussi l'habitude de m'embarquer à fond dans quelque chose, d'être le membre le plus enthousiaste pendant trois semaines, puis de crasher et de disparaître. Si tu te reconnais, vas-y à 60 %. Le but, c'est d'être encore là en mars.
La région et l'hiver
En campagne, la distance est réelle. Février aussi. On ne « fait pas juste un saut ».
Ce qui aide : une activité proche plutôt que l'activité parfaite à une heure de route. Profiter de l'été, quand c'est plus facile de sortir, pour semer des liens, pour avoir quelqu'un à texter l'hiver venu. Et le virtuel compte pour quelque chose. C'est pas comme quelqu'un à ta table, mais un groupe en ligne avec les mêmes faces chaque semaine, c'est quand même de la répétition.
Ce que ça ne réglera pas
L'amitié ne traite pas une dépression à elle seule, et elle ne règle pas un trouble anxieux qui te garde enfermé. Si la peur de sortir mène ta vie, ou si la solitude est assise sur une humeur qui ne remonte pas, commence par un médecin, le CLSC ou le 811. Un groupe peut aider. Ça ne remplace pas un traitement.