Ça fait seize ans que je n'ai pas touché à la cocaïne ni à l'héroïne. On me demande parfois quel groupe est le bon, comme s'il y avait une réponse imprimée derrière la boîte. Il n'y en a pas. Il y a celui où vous allez remettre les pieds mardi prochain.
La version courte d'abord. Narcotiques Anonymes (NA), c'est une fraternité en douze étapes. Des gens qui ont consommé la font vivre, c'est gratuit, et le but est l'abstinence complète de toutes les drogues, alcool compris. SMART Recovery est laïque, gratuit aussi, animé par des bénévoles formés et construit autour d'outils concrets pour gérer les envies, les pensées et la motivation. Ni l'un ni l'autre n'est un traitement. Aucun des deux ne remplace un médecin si votre corps est dépendant. Les deux vous donnent une salle où quelqu'un d'autre sait de quoi vous parlez.
C'est quoi, Narcotiques Anonymes, en mots simples?
NA, ce sont des gens qui ont consommé qui parlent à d'autres gens qui ont consommé. C'est tout le moteur. Vous vous assoyez, vous écoutez, quelqu'un raconte une chose que vous pensiez être le seul au monde à avoir vécue, et ça desserre quelque chose dans la poitrine.
NA décrit son programme simplement : l'adhésion est gratuite et l'organisation ne fait aucune distinction entre les drogues, l'alcool inclus. Donc si vous arrêtez l'héroïne mais que vous vous dites que quelques bières, c'est correct, NA va vous répondre que c'est encore consommer. Certaines personnes ont besoin que la ligne soit tracée aussi clairement. D'autres détestent ça.
Le programme, ce sont les Douze Étapes. On les travaille avec le temps, souvent avec un parrain ou une marraine, quelqu'un de plus avancé qu'on appelle quand ça va mal à deux heures du matin. Les étapes parlent d'une puissance supérieure. Certains y entendent Dieu. D'autres, « le groupe ». Et certains bloquent complètement là-dessus. C'est souvent à ce moment-là qu'on se met à parler de SMART.
NA, c'est gros. L'organisation compte plus de 79 000 réunions par semaine dans 122 pays. Au Québec, Narcotiques Anonymes Québec tient des réunions en français partout dans la province et a une ligne d'aide : 1 855-LIGNE-NA (1 855 544-6362). La liste des réunions est sur leur site.
Une chose à savoir avant d'entrer : les gens se présentent comme dépendants. « Bonjour, je m'appelle untel, je suis un dépendant. » Pour certains, c'est la première phrase honnête qu'ils disent depuis des années. Pour d'autres, ça sonne comme une sentence à vie. J'ai eu les deux réactions face à ce mot, selon les jours.
Et SMART Recovery, c'est quoi?
SMART veut dire Self-Management and Recovery Training. Le tout repose sur leur programme en 4 points : bâtir et garder sa motivation, composer avec les envies, gérer ses pensées, ses émotions et ses comportements, puis vivre une vie équilibrée.
Le troisième point, c'est là que ça devient utile. On apprend à attraper la pensée (« une fois, ça ne me fera pas de mal, je l'ai mérité ») et à l'obstiner. Ça ressemble beaucoup aux devoirs qu'un psychologue vous donnerait, parce que ça vient de la même famille d'idées.
SMART Recovery se décrit comme une approche appuyée sur les données probantes, sans contenu religieux, centrée sur les compétences plutôt que les étiquettes. Les réunions sont gratuites, en ligne ou en personne, et on peut utiliser SMART seul ou avec autre chose. Personne ne vous oblige à vous donner un nom.
Le hic, pour nous : au moment où j'écris ces lignes, le site canadien de SMART affiche une page « bientôt disponible », et je n'ai pas trouvé de réunions SMART en français au Québec. Pour l'instant, la porte d'entrée d'ici, c'est le répertoire des réunions en ligne, en anglais.
Concrètement, qu'est-ce qui change?
Dieu ou pas. NA se dit spirituel et non religieux, mais le vocabulaire de la puissance supérieure est là pour rester. SMART n'en a pas.
Qui mène la réunion. NA est entièrement mené par des pairs. Personne n'est en charge, ce qui est beau, mais ça veut aussi dire que la qualité d'une réunion dépend beaucoup de qui se présente ce soir-là. Chez SMART, un animateur formé tient le volant.
Comment vous vous nommez. NA dit « dépendant ». SMART évite les étiquettes. Prenez celui qui ne vous donne pas envie de partir.
L'ambiance. Une réunion NA, c'est surtout des gens qui partagent leur histoire, l'un après l'autre, sans répliquer. Une réunion SMART ressemble plus à un atelier : quelqu'un apporte un problème et le groupe y applique un outil.
La disponibilité. NA est partout, en français, tous les soirs de la semaine. SMART est plus petit, surtout ici.
Lequel a les meilleures preuves?
Franchement, la recherche penche d'un bord. La meilleure étude sur l'aide en douze étapes est une revue Cochrane de 2020 sur les AA et la facilitation des douze étapes. Elle conclut que ça fonctionne aussi bien que d'autres traitements comme la TCC sur la plupart des résultats, et mieux pour l'abstinence continue (Kelly et coll., 2020). Mais on parle d'alcool, pas de cocaïne ni d'héroïne, et des AA, pas de NA. Pour SMART, je n'ai pas trouvé de revue de cette taille. Ça marche peut-être tout aussi bien. Moins de monde l'a étudié, alors personne ne peut le dire encore.
Les données ne choisissent pas à votre place. C'est vous qui choisissez.
Comment choisir?
Essayez-en quelques-unes de chaque, si vous pouvez. Pas juste une. Les salles varient énormément. Une mauvaise première réunion vous parle de cette salle-là, ce soir-là, et de rien d'autre.
Après, posez-vous une seule question : est-ce que j'ai eu envie de revenir? Si oui, c'est votre réponse pour le moment. Vous pourrez changer plus tard. Bien des gens font les deux. Bien des gens en font un en plus d'un suivi avec un professionnel, ce que je pousserais si autre chose se passe dans votre tête (j'en parle dans l'article sur le double diagnostic).
Et si vous avez envie de vous sauver en pleine réunion, c'est normal. J'ai eu envie de me sauver de bien des salles dans ma vie. Restez jusqu'à la fin une fois. La deuxième fois, partez à la pause s'il le faut. Mais retournez-y.
Ce que ni l'un ni l'autre n'est
Aucun des deux groupes n'est une désintox. Si votre corps est dépendant aux opioïdes, à l'alcool ou aux benzos, arrêter d'un coup peut être dangereux, et c'est d'une aide médicale que vous avez besoin, pas d'une réunion. J'en parle dans traverser le sevrage des opioïdes de façon sécuritaire. Au Québec, Drogue : aide et référence répond au 1 800 265-2626, gratuitement, en toute confidentialité, 24 heures sur 24. On peut vous orienter vers un traitement près de chez vous.
Ce n'est pas de la thérapie non plus. La thérapie de groupe, c'est une autre affaire, avec un professionnel qui l'anime. J'en parle dans ce qu'est vraiment la thérapie de groupe. Et si vous voulez savoir à quoi ressemble le long chemin, j'ai écrit sur mes seize ans d'abstinence.