Ce billet parle de suicide et d'une tentative de suicide, sans aucun détail sur la méthode. Si vous êtes dans un mauvais moment, allez directement à la fin, ou à la page Besoin d'aide maintenant.
Je vais dire une chose que je n'aurais pas pu dire il y a dix ans. Je pense que j'ai cassé parce que j'ai passé à peu près cinquante ans à jouer quelqu'un d'autre, et que personne, moi compris, ne savait que je le faisais.
Le masquage peut-il causer un burnout ou une maladie mentale? La recherche dit qu'il fait vraiment partie du portrait. Des études relient le camouflage prolongé chez les adultes autistes à l'épuisement, au burnout autistique, à la dépression, à l'anxiété et à un risque plus élevé d'idées suicidaires. C'est rarement la seule cause. Mais cacher qui vous êtes toute la journée, tous les jours, ça vous use jusqu'à la corde, et ça empêche votre entourage de voir que quelque chose ne va pas.
Que dit la recherche sur le masquage et la santé mentale?
Quand les adultes autistes de l'étude « Putting on my best normal » (2017) ont décrit leur camouflage, ils ont nommé parmi les conséquences à long terme l'épuisement et une identité ébranlée.
L'année suivante, une équipe de Nottingham, Coventry et Cambridge a publié une recherche dans Molecular Autism sur les raisons du risque suicidaire plus élevé chez les personnes autistes. Deux facteurs propres à l'autisme sont ressortis : le camouflage et les besoins de soutien non comblés. Un participant l'a dit d'une façon qui ne me lâche plus : toute sa vie, pour survivre, il avait dû « être quelqu'un que je ne suis pas », et cet effort-là finit par coûter cher.
L'organisme de recherche Autistica a une page claire sur le suicide et l'autisme (en anglais). Des personnes autistes elles-mêmes y nomment le diagnostic tardif et les obstacles au soutien comme une partie du problème.
Et la National Autistic Society place le masquage parmi les causes du burnout autistique, avec des attentes mal ajustées et le manque de soutien.
Le prix est réel, et il s'accumule sur des années.
Ce que ça avait l'air, de l'intérieur
De l'extérieur, j'étais un gars qui avait tout en main. J'ai cofondé une agence web, je l'ai dirigée, je me tenais devant des salles et je les faisais rire. Plus tard, j'ai monté un centre de plongée en Indonésie. Le monde voyait de l'énergie et des idées.
Ce qu'ils ne voyaient pas, c'était le retour en char. Ou les journées après une grosse semaine où je n'étais pas capable de faire grand-chose. Ou combien de fois j'explosais sur le monde quand quelque chose allait mal, ce qu'un ami a baptisé une « robplosion », et toute la honte qui suivait.
Personne autour de moi au quotidien n'était assez proche pour s'en rendre compte, non plus. C'est ça, le piège. Quand vous masquez avec tout le monde, personne ne s'approche assez du vrai vous pour voir les craques. Je pouvais mener une salle, et les gens qui me connaissaient vraiment étaient loin.
La dépression fait partie de ma vie depuis longtemps. La consommation aussi. Je n'ai pas touché à la cocaïne ni à l'héroïne depuis seize ans, et je ne prétendrai pas savoir exactement pourquoi j'ai commencé. Mais en relisant ma vie avec le diagnostic en main, je me demande à quel point j'essayais de baisser le volume d'une vie trop bruyante et trop forçante. C'est ma lecture de ma propre vie, pas une affirmation clinique.
1998
En 1998, j'ai fait une tentative de suicide.
Je ne la décrirai pas, et c'est voulu. Ce que je peux dire, c'est que je ne savais pas que j'avais un TSA à l'époque. Je ne savais pas qu'il existait un mot pour le personnage que je jouais, ni que l'épuisement avait une cause. Je pensais juste être brisé d'une façon que personne d'autre n'était.
Je suis encore ici. J'en suis reconnaissant. J'ai eu de bonnes années depuis, dont certaines que je n'aurais jamais pu imaginer à ce moment-là. Juste après la tentative, je me suis fait admettre volontairement en psychiatrie pour me remettre sur pied. C'est une des meilleures décisions que j'ai prises, et j'en parle dans je me suis fait admettre en psychiatrie. La suite est dans la vie après ma tentative de suicide.
Quand le masque a fini par lâcher
Pendant les années COVID, le masque a tout simplement lâché. Une débarque. Tout ce qui roulait sur le pilote automatique a arrêté de rouler. C'est là que j'ai enfin été évalué et que, à 50 ans, en 2022, j'ai appris que j'avais un TSA. J'ai écrit sur le burnout lui-même dans combien de temps dure un burnout autistique.
Le diagnostic n'a rien réglé à lui seul. Ce qu'il a fait, c'est donner une forme aux cinq dernières décennies. Les tics, les obsessions, les crashs, les explosions, ma manie de partir avant qu'on me laisse. Ça a arrêté de ressembler à un tas d'échecs personnels pour ressembler à un gars qui a fait rouler un programme très gourmand en arrière-plan toute sa vie.
Si vous vous reconnaissez là-dedans
Si vous masquez, ou pensez que vous le faites peut-être, voici ce que j'aurais voulu qu'on me dise.
L'épuisement a une cause. Vous n'êtes probablement pas paresseux, et vous n'êtes pas brisé. Vous portez peut-être une charge que personne ne voit, vous compris.
Dites à une personne ce que ça vous coûte vraiment. Un médecin, un psychologue, la personne avec qui vous vivez, un ami, une ligne d'écoute. À voix haute. Le masquage fonctionne en gardant ça caché, et le dire brise un peu le pattern. Au Québec, vous pouvez commencer par votre CLSC ou Info-Social 811.
Si vous avez des idées suicidaires, demandez de l'aide aujourd'hui. Pas quand ça va empirer. Au Québec, appelez le 1 866 APPELLE (1 866 277-3553), textez le 535353 ou clavardez sur suicide.ca. Ailleurs au Canada et aux États-Unis, appelez ou textez le 988. En cas de danger immédiat, faites le 911. Les numéros des autres pays sont sur la page Besoin d'aide maintenant.
Des gens passent à travers. J'en suis un. Ça m'a pris longtemps et beaucoup d'aide, et c'est l'aide qui a fait la différence.