Je ne peux pas te donner une date de début propre pour mon burnout. Je pense que personne ne peut. Ce que je sais, c'est qu'il a atteint son pire pendant les années COVID, que c'était assez gros pour appeler ça une débarque, et que c'est à cause de ça que j'ai fini par être évalué. À 50 ans, j'ai appris que j'avais un TSA.
Alors, ça dure combien de temps, un burnout autistique? Des mois. Souvent plus. La définition de la chercheuse Dora Raymaker et de son équipe parle d'un épuisement, d'une perte d'habiletés et d'une tolérance réduite au bruit, à la lumière et au monde qui dure généralement trois mois ou plus. Certaines personnes parlent d'années. Ce qui semble faire la différence, c'est si quelque chose change dans la vie qui a causé le burnout.
Qu'est-ce que la recherche dit vraiment sur la durée?
Moins qu'on voudrait. Le burnout autistique a eu sa première vraie définition scientifique en 2020, dans une étude publiée dans Autism in Adulthood, faite avec des personnes autistes comme cochercheuses. On y décrit un syndrome causé par un stress chronique et un décalage entre ce qu'on attend de toi et ce que tu es capable de donner, sans soutien adéquat. La National Autistic Society a un résumé écrit par Raymaker elle-même, en anglais.
Le « trois mois ou plus », c'est un plancher. Pas une moyenne.
Je n'ai trouvé aucune étude sérieuse qui dit « durée moyenne : tant de mois ». Si quelqu'un te donne un chiffre avec une virgule dedans, il devine.
Ce que les adultes autistes racontent, encore et encore, c'est que ça ne lève pas tant que la pression reste la même. Tu prends deux semaines de congé, tu reviens à la même job, au même bruit, au même numéro que tu joues depuis le primaire, et à la fin du mois t'es retombé dans le trou.
À quoi ressemblait le mien
J'avais l'habitude de crasher. Partir en peur, puis m'effondrer : c'est à peu près l'histoire de ma vie. Une énergie folle sur un nouveau projet, puis plus rien dans le réservoir. Fait que au début, je pensais que c'était un crash de plus. Non. Mes crashs normaux duraient quelques jours, quelques semaines au pire, puis la prochaine idée brillante venait me chercher.
Celui-là ne m'a pas lâché.
Des affaires que je faisais sur le pilote automatique depuis des décennies sont devenues difficiles. Un appel. L'épicerie. Un courriel qui demandait deux lignes. Des bruits que j'endurais depuis des années me faisaient l'effet d'une sableuse dans le crâne. Et la mèche a raccourci. Un ami avait inventé le mot « robplosion » quand je dirigeais Raincity Studios, pour les fois où je perdais les pédales et j'explosais sur le monde. Pendant le burnout, les robplosions étaient plus proches de la surface, et la honte après pesait plus lourd.
Je ne suis pas capable non plus de le séparer proprement de la dépression, qui fait partie de ma vie depuis longtemps. J'en parle dans burnout autistique ou dépression.
Combien de temps le mien a duré? Le pire, des mois. La queue, bien plus longtemps. Honnêtement, je ne suis pas sûr de pouvoir dire que j'en suis complètement sorti. C'est la vraie réponse. Elle n'est pas satisfaisante, je le sais.
Pourquoi c'est si long à passer?
Parce que ça s'est accumulé pendant des années avant que quiconque le voie. De l'extérieur, ça a l'air soudain : un gars qui allait bien, puis qui ne va plus. De l'intérieur, ça s'empilait tranquillement depuis une éternité.
Dans mon cas, l'empilage, c'est à peu près cinquante ans de masquage sans savoir que je masquais. Être le gars capable de mener une salle, plein d'idées, drôle, puis rentrer à la maison complètement vidé sans comprendre pourquoi. (J'en parle dans c'est quoi, le masquage.) Si c'est ça qui a vidé le réservoir, deux ou trois longues fins de semaine ne le rempliront jamais.
L'autre raison est plus simple. Tu ne peux pas te reposer pour sortir de quelque chose pendant que tu continues de faire ce qui l'a causé.
Ce qui a raccourci le mien, ou au moins l'a empêché d'empirer
Pas de liste miracle ici. Juste ce qui m'a aidé, et ce que la recherche pointe.
Le diagnostic. C'est bizarre. Rien n'a changé dans mon corps le jour où je l'ai reçu. Mais savoir pourquoi j'étais aussi fatigué m'a permis d'arrêter de me traiter de paresseux, et j'ai arrêté de jouer le personnage à plein volume toute la journée.
Couper dans les exigences, pour vrai. Moins d'engagements. Dire non sans me justifier pendant dix minutes. Vivre ici, dans la Petite-Nation, ça aide. C'est tranquille, il y a un lac, et la foule la plus proche est loin en char. (Petit avertissement quand même : le tranquille peut devenir une bulle dont on a peur de sortir. C'est un autre billet.)
Moins de stimulation. Des pièces plus calmes, moins d'écrans, plus de sommeil. Le sommeil, c'est celui-là que je défendrais. Si tu dépenses sur une seule affaire, la couverture lestée a un vrai essai randomisé derrière elle pour l'insomnie chez des gens avec dépression, anxiété ou TDAH. Ça ne fait pas de miracle. Ça aide.
Weighted blanket (about 10% of body weight)
Mon avis. Une étude de 2020 a montré que la couverture lestée réduit l'insomnie chez des gens avec dépression, anxiété ou TDAH. La pression calme le corps.
À savoir. Peut être chaude. Visez environ 10 % de votre poids.
Du monde qui comprend. La page de la NAS met l'acceptation et le contact avec d'autres personnes autistes dans ce qui aide à récupérer. Je n'ai pas beaucoup de personnes autistes dans ma vie, alors pour moi c'est encore un chantier. Je le mets quand même, parce qu'il est sur la liste pour une raison.
Un professionnel dans le portrait. Le burnout et la dépression se chevauchent, et la dépression peut devenir dangereuse. Au Québec, tu peux commencer par ton médecin de famille, ton CLSC ou Info-Social 811 (option 2). Un psychologue qui connaît le TSA, ça vaut la peine de chercher.
Quand c'est plus qu'un burnout
Si les mois passent et que rien ne bouge, ou si tu commences à avoir des pensées de ne plus vouloir être là, n'attends pas que ça passe. Les travaux de Raymaker font le lien entre le burnout et des idées suicidaires chez certains adultes autistes. Garde pas ça pour toi. Parles-en à quelqu'un maintenant, pas dans six mois. J'ai été dans cette place-là, et je suis encore ici parce que j'ai demandé de l'aide. J'en parle dans comment le masquage m'a brisé.