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Couple et proches

Aimer quelqu'un en rétablissement, vu de mon bord de la table

Avertissement : cet article parle de consommation de drogues et de sevrage. Si ça va mal en ce moment, parlez d'abord à quelqu'un. L'article va encore être là.

La réponse courte

Comment soutenir quelqu'un qu'on aime en rétablissement d'une dépendance?

On soutient une personne en rétablissement en prenant soin de soi d'abord, pas en la surveillant. Allez chercher votre propre soutien : Al-Anon ou Nar-Anon (12 étapes, gratuit), SMART Recovery Family & Friends (gratuit, axé sur les habiletés) ou un thérapeute formé à CRAFT. La peur, les menaces ou la violence à la maison, c'est de la violence conjugale.

Chez nous, c'est moi qui suis en rétablissement. Seize ans sans cocaïne ni héroïne. Je ne peux donc pas écrire ce texte à la place de Sandra, et je n'essaierai pas. Je me tromperais, puis ce n'est pas mon histoire à raconter.

Ce que je peux faire, c'est vous dire ce que je vois de mon bord de la table. Et ce que j'aimerais qu'on dise à la personne qui m'aime.

La réponse courte, d'abord. On soutient quelqu'un en rétablissement surtout en arrêtant de faire de son rétablissement notre job. Trouvez votre propre soutien, auprès de gens qui sont passés par là. Posez des limites que vous êtes capable de tenir. Laissez l'autre faire son bout de chemin. Et si vous avez peur de cette personne-là, c'est un autre problème, avec une autre sorte d'aide. J'y reviens plus bas.

Ce que ça donne, vu par celui qui est en rétablissement

Je le vois quand on m'observe. Quand quelqu'un regarde mon visage une seconde de trop. Quand une soirée qui finit tard, une mauvaise humeur ou une réponse floue se fait peser pour ce qu'elle pourrait vouloir dire. Je n'en veux à personne. Sandra m'a connu après que j'aie arrêté, mais quand on sait ce que la drogue a fait à quelqu'un, ça ne s'efface pas.

Mais je vais être franc sur l'effet que ça me fait. Être surveillé me donne envie de me cacher. Pas de consommer : de me cacher. C'est pas pareil, mais ça fait du dommage quand même, parce que se cacher, c'est souvent comme ça qu'on s'est mis dans le trouble au départ.

Ce que je dirais aux proches, donc : la surveillance vous coûte plus cher qu'elle vous protège. Personne ne peut monter la garde devant un autre adulte pendant dix ans. Vous allez vous brûler bien avant qu'il se passe quoi que ce soit.

Vous avez droit à votre propre rétablissement

Ça m'a pris du temps à comprendre. La personne qui aime quelqu'un aux prises avec un trouble lié à l'usage de substances vit sa propre version de l'affaire. La peur, la colère, l'espoir qui se fait tirer d'un bord pis de l'autre. Parfois la honte aussi, parce que le monde juge le conjoint (« pourquoi tu restes? »).

Ça mérite de l'aide en soi. Pas comme un à-côté pour réparer l'autre.

Il existe des groupes gratuits faits exactement pour ça.

Al-Anon et Nar-Anon. Des groupes en 12 étapes pour la famille et les amis. Al-Anon est né autour de l'alcool, Nar-Anon s'adresse aux proches de personnes qui consomment des drogues. C'est gratuit, mené par des pairs, en personne, en ligne ou au téléphone. Le moteur de recherche de réunions d'Al-Anon trouve des réunions en français si vous cherchez au Québec, et Nar-Anon liste des réunions un peu partout. D'après tout ce que j'ai lu, une bonne partie du soulagement, c'est d'entendre ses propres pensées sortir de la bouche d'un inconnu.

SMART Recovery Family & Friends. Si les 12 étapes ne vous parlent pas, c'est l'option laïque. Des rencontres gratuites, en ligne surtout, animées par des gens formés, dont plusieurs ont eux-mêmes un proche dépendant. On y travaille la communication et la façon de faire face. C'est en anglais, par contre. Tout est expliqué sur leur page Family & Friends.

CRAFT. Pour « Community Reinforcement and Family Training ». C'est une approche pensée pour les conjoints, les parents et les enfants de gens qui ont un problème d'alcool ou de drogue. On y apprend à communiquer et à régler des problèmes, avec un double but : améliorer votre vie à vous, et rendre la sobriété plus intéressante pour la personne que vous aimez. Ça se fait avec un thérapeute formé ou par les programmes de son concepteur, Robert J. Meyers (site en anglais). C'est surtout utile quand la personne n'est pas encore en rétablissement, ou qu'elle chancelle.

Au Québec, Drogue : aide et référence (1 800 265-2626) répond aussi aux proches, pas seulement aux personnes qui consomment. Gratuit, confidentiel, 24/7.

Ce que j'aimerais que la personne avec qui je vis sache

C'est pas un mode d'emploi. C'est juste ce que j'ai fini par comprendre.

Vous ne l'avez pas causé. Vous ne pouvez pas le guérir. Je sais, c'est une phrase d'Al-Anon et ça sonne comme un aimant de frigo. Mais c'est vrai, et ça m'a pris des années à arrêter de souhaiter, en cachette, que quelqu'un d'autre porte ça pour moi.

Mes humeurs m'appartiennent. Quand j'arrive à la maison crinqué, ou à plat, ou que je chiale pour rien, c'est à moi de m'en occuper, avec mes outils et mon monde. J'ai dû arrêter de demander à la personne avec qui je vis de gérer ça à ma place. Certains jours je suis meilleur là-dedans que d'autres.

Demandez-moi direct. Si quelque chose vous semble pas normal, dites-le simplement. Pas de question piège, pas d'allusion. « T'as l'air bizarre. Ça va? Est-ce que c'est la consommation? » Je suis capable de prendre une question claire. C'est le silence et les devinettes qui rendent l'air lourd.

Faites un plan quand tout est calme. Ce que vous ferez, et ce que vous ne ferez pas, si ça dérape. Écrivez-le si ça aide. Une rechute après des années, ça arrive (j'en parle dans pourquoi une rechute après des années est si dangereuse), et un plan fait dans la panique est rarement un bon plan.

Ne jouez pas au médecin. Un sevrage, d'opioïdes, d'alcool ou d'autre chose, ça demande de l'aide médicale. Pas un sevrage maison, pas une fin de semaine à « toffer ». Appelez le 811, votre médecin, ou allez à l'urgence.

Gardez votre vie. Vos amis, vos passe-temps, votre sommeil. Si toute votre semaine tourne autour du rétablissement de l'autre, il y a un problème, et ce n'est pas à vous de le régler tout seul.

Où est la limite

Cette partie-là ne se négocie pas.

Le rétablissement n'excuse pas la violence. Si vous avez peur de votre conjoint, s'il y a des menaces, des objets lancés, du contrôle, si on vous coupe de votre monde ou qu'on vous fait mal, c'est de la violence conjugale. Peu importe que la personne consomme, soit en sevrage, sobre ou « en train de faire son cheminement ». Ce n'est pas à vous d'encaisser pour qu'elle reste abstinente.

SOS violence conjugale est gratuit, confidentiel et ouvert 24/7 au 1 800 363-9010, par texto ou par clavardage aussi. Ailleurs, les numéros de votre pays sont sur la page Obtenir de l'aide. En danger immédiat, faites le 911.

J'en parle plus longuement dans vivre avec les crises de quelqu'un, et où est la limite. La colère a fait partie de ma vie. Ça n'a jamais été à la personne avec qui je vis de la gérer.

Le rétablissement à seize ans, de l'intérieur d'un couple

Plate, la plupart du temps. C'est la bonne nouvelle.

Il n'y a pas de fin de film. Certaines semaines, je pense à peine à la drogue. D'autres, quelque chose me déstabilise et le vieux câblage se remet à bourdonner un peu. Ce qui a changé, c'est que j'ai d'autres places que la maison où amener ça. La version longue est dans seize ans d'abstinence, pour vrai.

Et je pense que la personne à côté de moi a le droit d'en avoir assez, des fois. D'être fâchée contre les années dures qu'on a eues, comme 2022, même si ça va bien aujourd'hui. On peut m'aimer et être tannée en même temps.

Si vous êtes le proche qui lit ça à deux heures du matin en vous demandant si vous en faites assez, vous en faites probablement assez. Allez vous trouver une réunion. Vous aussi, vous avez besoin de monde.

Les questions qu'on pose

Comment soutenir mon conjoint en rétablissement sans le contrôler?

Concentrez-vous sur ce que vous contrôlez, c'est-à-dire vous. Dites clairement ce dont vous avez besoin et ce que vous n'acceptez pas, puis arrêtez de surveiller. Un groupe pour les proches ou un thérapeute formé à CRAFT peut vous aider à trouver cet équilibre.

Quelle différence entre Al-Anon, Nar-Anon et SMART Family & Friends?

Al-Anon et Nar-Anon sont des groupes gratuits en 12 étapes pour les proches, le premier autour de l'alcool, le second autour des drogues. SMART Recovery Family & Friends est un programme laïque et gratuit, axé sur les habiletés de communication, animé par des gens formés, surtout en anglais. Bien des gens essaient plus d'une formule.

C'est quoi, CRAFT?

CRAFT (Community Reinforcement and Family Training) enseigne aux conjoints et aux familles des façons de communiquer et de régler les problèmes. Le but est d'améliorer la vie du proche et de rendre la sobriété plus attirante pour la personne qui consomme. Ça se fait avec un thérapeute formé ou par des programmes reconnus par son concepteur.

Quoi faire si mon conjoint rechute?

Votre sécurité d'abord, ensuite le plan que vous avez fait à tête reposée. Un sevrage peut être dangereux, alors on va chercher de l'aide médicale au lieu de gérer ça à la maison. Et continuez d'aller chercher votre propre soutien, peu importe ce que l'autre décide.

Sources

  1. Al-Anon Family Groups, trouver une réunion
  2. Nar-Anon Family Groups
  3. SMART Recovery, Family & Friends
  4. Robert J. Meyers PhD, CRAFT
  5. Drogue : aide et référence
  6. SOS violence conjugale

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