Il y a un lac au bout de mon chemin. La plupart des matins, si je réussis à descendre là avec un café avant que mon cerveau soit complètement démarré, la journée va mieux. Pas super bien. Mieux.
C'est à peu près le plus scientifique que je vais être pour commencer.
La nature aide-t-elle la santé mentale? Pour la plupart du monde, je pense que oui, et pour moi, c'est même pas proche. Être près des arbres et de l'eau fait redescendre mon système nerveux de quelques crans, comme rien en dedans ne réussit à le faire. Le temps dehors vient aussi presque toujours avec deux affaires qui ont du solide derrière elles pour le moral : bouger et prendre la lumière du jour. Ce que la nature ne fera pas, c'est régler une vraie dépression ou un trouble anxieux à elle seule. J'ai essayé ça aussi.
Pourquoi être dehors me calme?
J'ai un TSA, diagnostiqué à 50 ans, en 2022. Une bonne partie de ma vie, je ne comprenais pas pourquoi les magasins, les bureaux et les partys me vidaient tellement plus vite que les autres.
Aujourd'hui je comprends. En dedans, surtout en ville, tout demande mon attention en même temps. Les néons qui grésillent au-dessus de trois conversations à la table d'à côté. Mon cerveau essaie de tout traiter, tout le temps, et au bout d'une heure je suis brûlé.
Dehors, c'est un autre genre de bruit. Le vent dans les pins n'attend pas de réponse. L'eau sur les roches n'a pas de ton de voix à décoder. Il se passe plein d'affaires, mais rien de ça ne parle de moi, et rien ne s'attend à ce que je réagisse. Pour un cerveau autiste, ce sont des vacances.
Le moment où ma tête a été la plus tranquille de ma vie, c'était sous l'eau. J'ai déjà dirigé une entreprise de plongée en Indonésie, et dans une bonne plongée, le seul son, c'est ta respiration. Impossible de faire du small talk. Je ne dis pas que tout le monde devrait se mettre à la plongée. Je dis qu'il y a quelque chose de bon dans les endroits où le canal social est fermé.
Que dit la recherche sur la nature et la santé mentale?
Il y en a une pile, et franchement, une partie est survendue. Les articles sur les « bains de forêt » lancent des chiffres auxquels je ne fais pas assez confiance pour les répéter ici. Je m'en tiens à ce qui est plate et solide.
La fiche de l'Organisation mondiale de la Santé sur la dépression recommande de faire de l'exercice régulièrement, même juste une petite marche. Une marche au bord d'un lac, ça compte.
La lumière compte aussi, surtout chez nous. Pour la dépression non saisonnière, une revue Cochrane sur la luminothérapie parle d'un effet « modeste, mais prometteur », meilleur le matin et en complément d'un autre traitement. La dépression saisonnière, c'est une autre histoire, et j'en parle dans la dépression saisonnière au Québec.
La version honnête, donc : la nature fait du bien, en partie à cause de la nature, et en partie parce que pour s'y rendre, il faut marcher à la lumière du jour. Je me fous un peu de savoir quelle partie fait la job.
Et si je n'arrive pas à sortir?
C'est la partie qu'on ne met pas sur les affiches de Tourisme Outaouais.
Je vis entouré de lacs et de forêt dans la Petite-Nation. C'est un des plus beaux coins que je connaisse. Et il y a des bouts où je ne suis pas capable de passer la porte. Le lac est juste là, et je n'y vais pas.
La peur de sortir, je vis avec. J'appelle ça la bulle : le petit monde sécuritaire qu'on se bâtit à la maison, qui rapetisse chaque fois qu'on évite d'en sortir. Le bout cruel, c'est que la nature fait partie de ce qui aide, et que la bulle t'en tient loin.
Ce qui marche pour moi ces journées-là, quand quelque chose marche :
Dix minutes, c'est le deal. Je me dis que je marche jusqu'au bout du chemin et que je reviens. C'est tout. Si j'ai envie de continuer, tant mieux. D'habitude, je continue.
Apporter un prétexte. Mon prétexte, c'est l'appareil photo. Je ne sors pas « marcher pour ma santé mentale », ce qui sonne comme un devoir. Je sors voir si la lumière sur l'eau est belle ce matin.
Pas besoin d'un show. Personne n'a besoin de te voir grimper une montagne. S'asseoir sur une roche, ça compte. Rester cinq minutes sur la galerie à écouter les oiseaux, ça compte.
Sortir avant que les excuses se réveillent. Tôt, avant les courriels, avant d'avoir eu le temps de me monter un dossier pour rester en dedans. Rendu midi, je me suis souvent convaincu de ne pas y aller.
Si sortir est devenu vraiment difficile, pas juste « pas le goût », mais de la peur, lis pourquoi j'ai commencé à avoir peur de sortir et parles-en à un professionnel. L'agoraphobie et ce genre d'anxiété-là se traitent. Attendre ne les fait pas rapetisser.
Ce que la nature ne peut pas faire
Je le dis clairement, parce que bien des sites de bien-être ne le diront pas.
L'air frais ne traite pas une dépression majeure. Une forêt n'arrêtera pas un trouble panique. Quand ça va vraiment mal, « va prendre une marche » peut sonner comme une insulte, et je comprends. Fais la marche et va chercher de l'aide. Au Québec, Relief (anciennement Revivre) accompagne les personnes qui vivent avec l'anxiété, la dépression ou la bipolarité, et tu peux appeler le 811 pour Info-Social. La page santé mentale de Québec.ca explique par où commencer, et rappelle que les services publics en santé mentale sont gratuits.
Aussi, le bois peut être isolant d'une façon pas toujours saine. Je suis venu ici en partie pour le calme. Certains jours, le calme est un remède. D'autres jours, c'est moi qui me cache. Je ne sais pas toujours lequel des deux avant que la journée soit finie.