D'abord, la partie honnête. J'ai un diagnostic de TDAH, en plus d'un TPL, et à 50 ans le trouble du spectre de l'autisme (TSA) s'est ajouté. Fait que quand je vais fouiller dans les listes, comme je fais quand quelque chose m'accroche, je m'y reconnais plus souvent qu'à mon tour. Se reconnaître dans une liste, ça ne fait quand même pas un diagnostic. Ça prend une évaluation.
Quels sont les signes du TDAH chez l'adulte? Le NHS britannique nomme les principaux : être facilement distrait ou oublieux, avoir du mal à organiser son temps, à suivre des consignes ou à finir ses tâches, perdre souvent ses clés ou son portefeuille, la bougeotte, parler beaucoup ou couper la parole, et prendre des décisions rapides sans penser aux conséquences. Chez l'adulte, une bonne partie de ça ne ressemble pas au petit gars hyperactif des années 80. Ça se cache derrière des retards, des projets à moitié faits, des heures qui disparaissent et une mèche courte.
Quels sont les signes classiques?
La page du NHS sur le TDAH chez l'adulte (en anglais) les divise en deux groupes.
Les signes d'inattention : facilement distrait ou oublieux, difficulté à organiser son temps, difficulté à suivre des consignes ou à terminer ce qu'on commence, perdre souvent des objets.
Les signes d'hyperactivité et d'impulsivité : beaucoup d'énergie ou de bougeotte, parler beaucoup ou interrompre, décider vite sans réfléchir à la suite.
La plupart des gens ont un peu des deux. Certains penchent fort d'un bord.
Voici la nuance la plus importante. L'organisme canadien CADDAC le dit clairement sur sa page sur le TDAH adulte : tout le monde a certains de ces symptômes de temps en temps. Les personnes avec un TDAH en ont plus, de façon constante, au point que ça nuit au travail, aux études, à la maison. Un bureau en désordre, ce n'est pas un TDAH. Une vie en désordre depuis l'enfance, malgré tout ce que t'as essayé, ça vaut peut-être la peine d'être regardé.
Les signes qui se cachent à la vue de tous
Ceux-là, on les met sur le dos du caractère, de la paresse ou du « il est de même ». Certains, je les vois chez moi. D'autres, non. Je vais le dire à chaque fois.
Le temps disparaît
Certains appellent ça la cécité temporelle. Tu t'assois pour répondre à un courriel et il fait noir dehors. Ou tu penses avoir plein de temps avant de partir, puis t'es en retard de vingt minutes, encore. Celui-là, c'est moi. Je peux perdre trois heures sur un courriel sans savoir où elles sont passées.
Le truc pas compliqué qui aide bien du monde, c'est du temps que tu peux voir. Le Time Timer, c'est une horloge avec un disque rouge qui rapetisse à mesure que le temps passe. Ça a l'air niaiseux. Ça marche sur un cerveau qui ne sent pas le temps passer. Prends le modèle silencieux, parce que le tic-tac rend certains d'entre nous fous.
Time Timer (silent)
Time Timer
Mon avis. Du temps qu'on voit. Un disque rouge qui rapetisse. Ça a l'air niaiseux, mais ça marche sur un cerveau qui perd trois heures sur un courriel.
À savoir. Prenez le modèle silencieux. Le tic-tac rend fou.
Un cimetière de projets à moitié faits
Gros départ. Toute l'énergie du monde. Puis ça bloque à 70 % et quelque chose de plus brillant arrive. Je fais ça depuis toujours. Ma garde-robe en est pleine, mon disque dur aussi. Est-ce du TDAH, le cycle autistique « partir en peur, puis crasher », ou les deux? Dans mon cas, probablement les deux. J'en parle dans TSA et TDAH en même temps.
La bougeotte qui est rentrée en dedans
Souvent, les adultes ne rebondissent plus sur les murs. L'hyperactivité devient intérieure. Une tête qui ne se tait jamais, une jambe qui tressaute sous la table, le besoin de faire quelque chose même sur le divan. Les longues réunions, c'est comme être tenu sous l'eau.
L'hyperfocus
Celui-là mêle le monde, parce que le TDAH est censé être un problème d'attention. Pourtant, bien des adultes avec un TDAH décrivent qu'ils s'accrochent à quelque chose d'intéressant pendant des heures, jusqu'à oublier de manger. Puis le crash après. J'en parle dans l'hyperfocus, puis le crash.
Des émotions sur la gâchette
Autistica nomme la difficulté à réguler ses émotions et la sensibilité au rejet comme des traits que le TDAH et l'autisme partagent. Dans la vraie vie, ça peut ressembler à une mèche courte, à de grosses réactions pour des riens, à une critique reçue comme un coup de poing. Les robplosions, le mot d'un ami pour quand j'explose sur le monde, font partie de ma vie depuis longtemps. Depuis le diagnostic, je les associe à l'autisme et à la surcharge. Je suis ouvert à l'idée que plus d'une chose les nourrit. Dans tous les cas, c'est à moi de m'en occuper.
Les décisions sur un coup de tête
Lâcher une job, acheter, déménager, dire oui à un projet énorme sur le champ. Des fois, ça tourne bien. Des fois, non. Le pattern, c'est de décider avant que la partie qui réfléchit ait eu le temps d'arriver.
Un sommeil qui ne marche jamais
Le CADDAC note qu'environ 75 % des jeunes adultes avec un TDAH rapportent des problèmes de sommeil. La tête qui tourne le soir, incapable de se lever le matin, et on recommence.
Pourquoi tant d'adultes passent sous le radar?
Quand le monde de mon âge était enfant, l'image du TDAH, c'était un petit gars hyperactif qui dérangeait la classe. Si t'étais tranquille et dans la lune, ou assez vif pour t'en tirer sans forcer, personne ne regardait. Les adultes se construisent aussi des béquilles pendant des décennies (des alarmes, quelqu'un à la maison qui se souvient des affaires), alors la difficulté se cache derrière la débrouille. Et le TDAH se chevauche avec l'anxiété, la dépression et l'autisme, alors il finit parfois classé ailleurs.
Comment se faire évaluer pour un TDAH à l'âge adulte au Québec?
Selon le CADDAC, un TDAH peut être diagnostiqué par un médecin de famille formé en TDAH, un psychiatre, un psychologue ou un neurologue. Les médecins et psychiatres sont couverts par la RAMQ, mais l'attente peut être longue. Un psychologue au privé te voit habituellement plus vite, mais ça coûte cher, souvent dans les milliers de dollars.
Au Québec, commence par ton médecin de famille ou ton CLSC. Si tu n'as pas de médecin de famille, appelle le 811, on va t'orienter vers la bonne porte. Pour le côté émotionnel, Info-Social 811, c'est l'option 2. Les lignes directrices canadiennes viennent de la CADDRA, en français, avec des questionnaires pour adultes. Le Regroupement des associations PANDA peut t'orienter vers l'association de ta région.
Ce qui aide pour le rendez-vous :
- des exemples de ton enfance (les symptômes commencent habituellement avant 12 ans), comme des vieux bulletins
- quelqu'un qui t'a connu enfant, s'il est d'accord
- des exemples concrets de ce que ça dérange aujourd'hui, au travail et à la maison
Et si tu es autiste, dis-le. Les deux se chevauchent et tu veux quelqu'un qui va regarder les deux.